The Shock Doctrine

The Shock Doctrine est un documentaire inspiré du bestseller de même nom écrit par la journaliste américaine Naomi Klein.

La thèse de l’auteure est basée sur une une analogie – sur certains points discutable – entre  d’un côté les expériences de privation sensorielle conduites dans l’après guerre par des chercheurs et les états de choc psychologique quelles induisent sur les individus, de l’autre côté les grandes catastrophes sociales ou naturelles (guerres, tsunamis, attentats terroristes…) et les états de choc quelles peuvent provoquer chez des sociétés toutes entières. Selon Naomi Klein, ces états de choc, moments de vulnérabilité extrême, seraient utilisés par les gouvernements impérialistes pour mettre en place des politiques néo-libérales aux effets sociaux désastreux.

Par la suite, à travers une analyse extrêmement détaillée d’évènements historiques précis (coup d’État chilien et prise de pouvoir par Pinochet, attentats du 11 septembre, invasion de l’Irak par les EUA entre autres), l’auteure dénonce le mythe selon lequel le modèle économique du « marché libre » et les politiques néolibérales se seraient propagés de façon démocratique.

Ce capitalisme du désastre a utilisé de façon stratégique les moments de crise pour instaurer des mesures politiques et conduire des réformes qui bénéficient à une petite minorité, au détriment d’une majorité de plus en plus pauvre.

The Shock Doctrine révèle de façon particulièrement frappante les stratégies de désinformation et de domination menées par les grands états capitalistes et s’impose de cette façon comme un documentaire à portée politique cruciale.

Vous pouvez avoir des informations supplémentaires sur l’ouvrage et sur l’auteure ici.

Un court extrait du film est aussi disponible:

La nuit sécuritaire, pétition contre l’utilisation de la psychiatrie comme outil sécuritaire

Affiche mai 68

A la suite du discours de Nicolas Sarkozy sur la psychiatrie, jugée extrêmement choquant et qui assimile en pratique les malades mentaux et les délinquants dangereux, une pétition a été lancée pour s’opposer à l’utilisatoin de la psychiatrie comme « outil de gestion sécuritaire » . Le Samedi 7 février 2009, lors du meeting de « la nuit sécuritaire » à Montreuil, l’assemblée « des 1789 » présents a approuvé le manifeste. Il va sans dire que Paradoxa soutient cette initiative.

La pétition, ouverte à tous les citoyens,commence par ces mots:

« Le 2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique hospitalière, se saisissant d’un crime pourtant très rare commis par un patient diagnostiqué comme schizophrène, le président Sarkozy a annoncé un plan pour la psychiatrie aux conséquences dévastatrices.

Dans ce discours, les fondements même de la psychiatrie ont été attaqués avec la plus grande brutalité, celle qui amadoue pour mieux exécuter.

Il aura suffi d’un fait divers dramatique pour relancer une politique de la peur dont le projet de centres de rétention de sûreté tout comme les soins sans consentement en ambulatoire sont le parachèvement.

En amalgamant la folie à une pure dangerosité sociale, en assimilant d’une façon calculée la maladie mentale à la délinquance, est justifié un plan de mesures sécuritaires inacceptables.

Alors que les professionnels alertent régulièrement les pouvoirs publics non seulement sur les conditions de plus en plus restrictives de leur capacité de soigner, sur l’inégalité croissante de l’accès aux soins, mais aussi sur la mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces de travail et d’innovation, une seule réponse leur a été opposée : attention danger, sécurisez, enfermez, obligez, et surtout n’oubliez pas que votre responsabilité sera engagée en cas « de dérapage ».

Un pas vient d’être franchi, l’heure est trop grave pour que la résignation l’emporte. »

Pour lire la pétition dans son intégralité.

A voir également : le site de la nuit sécuritaire et les interventions du 2 Février.

Journée Utopsie « clinique et politique », le 14 Mars

 Les prochaines journées d’Utopsie, ayant  pour thème « clinique et politique » auront lieu le 14 Mars prochain à la « Maison de l’arbre » à Montreuil, 9 rue François Debergue (Métro Croix de Chavaux).

Ces journées s’inscrivent dans les suites des réactions aux réformes engagées par le gouvernement sur la psychiatrie (voir à ce propos l’article l’appel des appels). Les intervenants s’interrogeront sur les « exigences éthiques minimales sur lesquelles il s’agit de ne pas céder ».  

Vous pouvez vous inscrire sur le site collectif psychiatrie. Pour notre part, nous espérons pouvoir y assister et vous en rendre compte prochainement.

 

Le programme de la journée clinique et politique

Des « charmantes têtes blondes » aux « graines de crapules »

Nous partirons des manifestations échappant quelque peu à la nosologie classique: troubles de l’apprentissage, du comportement et autres carences. Devons nous considérer leur médicalisation à outrance, le tout éducatif et la judiciarisation comme des ratés d’une prise en charge dont les alternatives restent à inventer? Quels en sont le effets dans la réalité quotidienne, comment soutenir des espaces de travail possibles ?

Handicapés du soin? »

Quelles sont les spécificités du travail avec les enfants dits « handicapés mentaux » qui se trouvent « orientés » vers le secteur médico-social? Comment combattre le clivage politique qui met d’un côté les malades à soigner et de l’autre les handicapés à rééduquer ? Comment faire pour que Subjectivation et Parole puissent être accessibles à tous ?

Aux marges: précarité et déviance »

Quel mode de traitement actuel des patients exclus (ou résistants?) des prises en charges

conventionnelles? Comment penser le soin psychique en prison et dans la rue? Faut il y voir un

mode particulier de gestion de la folie, de la maladie chronique, d’une certaine clinique ou n’est ce que le symptôme insistant de la déchirure du lien social ?

« On juge du degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses marges, ses fous et ses déviants» nous répète sans cesse Lucien Bonnafé.

Forum de « La nuit sécuritaire »

« Nous sommes tous des schizophrènes dangereux » fut le mot d’ordre lancé par le collectif des 39. Au delà de la formule, c’est de « la valeur humaine (ou non) de la folie » dont il est question dans la réforme actuelle de la psychiatrie.

Les 39, dont nous sommes partie intégrante, feront un point sur l’actualité, les actions en cours et à venir (circulaire du 22 janvier 2009 sur la sécurisation des hôpitaux psychiatriques, rapport Couty, réforme de la loi de 1990, projet de loi sur la psychiatrie au printemps).

Dé-formation[s]?

Enfin, nous interrogerons les spécificités de la formation dans le champ du psychique pour les

infirmiers, psychologues, éducateurs, internes.

A l’heure où tout semble évaluable, formation comprise, par des experts étrangers aux réalité du
travail concret, quelles pourraient être les modalités d’enseignement et de transmission respectueuses de l’hétérogénéité de nos pratiques, des patients-usagers et de leur famille?

Les nouvelles formes d’organisation du travail

Cet article est une synthèse basée sur les travaux de Christophe Dejours

Depuis les premiers travaux en psychopathologie du travail, de nombreux changements sociaux et politiques sont survenus, changements qui ont affecté en grande partie le monde du travail, notamment les formes d’organisation du travail. Par organisation du travail nous désignons la division du travail, le contenu de la tâche, le système hiérarchique, les modalités du commandement, les relations de pouvoir, les questions de responsabilité, etc…

Aujourd’hui, grâce aux concepts et aux méthodes de la psychodynamique du travail, on parvient à une description et à une analyse particulière de ces nouvelles formes d’organisation du travail.

 

La peur et la précarisation

Les travaux de la psychodynamique du travail ont révélé comme conséquence majeure des nouvelles formes d’organisation du travail l’apparition de la peur. En effet, du fait de la précarisation croissante que connaît le monde du travail, les travailleurs vivent constamment sous la menace du licenciement. Les variations de la production étant aujourd’hui assumées par des emplois précaires (intérim, CDD, Contret emploi-solidarité), c’est l’emploi stable qui est à son tour précarisé par la possibilité de recours aux contrats précaires. Ceci modifie de façon fondamentale le vécu et les conduites de l’ensemble de ceux qui travaillent.

Le premier effet de la précarisation est l’intensification du travail qui conduit à l’augmentation de la souffrance subjective.

Le deuxième effet c’est la neutralisation des possibilités de mobilisation collective contre la souffrance, la domination et l’aliénation.

La troisième conséquence c’est la stratégie défensive du silence, car chacun doit se préoccuper de “tenir”. Aussi convient-il, pour résister, de dénier la souffrance d’autrui et de garder la sienne sous silence.

Enfin, le dernier effet de la menace de licenciement est l’individualisme, le chacun pour soi. À partir d’un certain niveau de souffrance, les enjeux de survie individuelle brisent la solidarité et la coopération.

 

L’évaluation

L’évaluation individualisée des performances a été rendue possible ces dernières années par le suivi informatisé de l’activité, qui permet le suivi individualisé de chaque opérateur. Il faut dire que ce contrôle n’est pas passif, puisqu’il nécessite la collaboration du travailleur, qui doit continuellement saisir les données sur son activité dans l’ordinateur. L’auto-contrôle en est la forme achevée, qui est déjà répandue aujourd’hui dans l’industrie et les services.

L’évaluation individualisée conduit à la mise en concurrence généralisée entre travailleurs, voire entre services dans une même entreprise, entre filiales, succursales…Cette concurrence, associée à la menace de licenciement conduit à une transformation en profondeur des rapports du travail. L’individualisation peut dérivé vers le chacun pour soi, la concurrence pouvant aller jusqu’aux conduites déloyales entre collègues, la méfiance s’installant entre les individus. Le résultat final de cette évaluation est principalement la déstructuration en profondeur de la confiance, du vivre ensemble et de la solidarité. Les individus se trouvent alors démunis contre les effets pathogènes de la souffrance au travail, les défenses individuelles n’étant plus suffisantes. L’isolation et la méfiance s’installent et ouvrent la voie aux pathologies de la solitude, dénominateur commun des nouvelles pathologies qu’on voit apparaître dans le monde du travail.

De plus, les évaluations peuvent être utilisées comme moyens de pression ce qui génère des risques importants de surcharge de travail ce qui, encore une fois, peut contribuer à l’apparition de nouvelles pathologies (pathologies de surcharge).

 

La qualité totale

Le dernier des grands changements dans le monde du travail concerne l’objectif de la qualité totale.

On a pu montrer, par diverses approches, que la qualité totale, ou le “sans faute” au travail est impossible. En effet, il y a toujours un décalage irréductible entre les prévisions, la planification, les objectifs et le travail effectif ou réel. Contrairement à ce que peuvent prétendre certains courrants, il n’y a jamais de production parfaite dans le travail.

De ce fait, en imposant la qualité totale, on demande aux individus d’atteindre des objectfis impossibles ce qui génère une course aux infractions, aux tricheries, voire aux fraudes, car il faut bien satisfaire aux contrôles et aux audits. Annoncer la qualité totale comme une contrainte, génère toute une série d’effets pervers aux conséquences désastreuses. La contrainte à mentir ou à frauder pour satisfaire les contrôles met beaucoup de travaillers en contradiction avec leur propre éthique professionnelle et leur métier. Ceci génère une souffrance psychique qu’on retrouve dans les syndrômes de désorientation, de confusion, dans les crises d’identité et dans les dépressions pouvant aller jusqu’au suicide.

 

L’analyse clinique des causes d’accroissement de la pathologie mentale au travail renvoie donc, en définitive, à des causes organisationnelles. Cette organisation nouvelle a conduit à une déstructuration importante du “vivre ensemble” au travail, en brisant les rapports de solidarité et de coopération par la mise en concurrence des individus. Elle a conduit de ce fait à une augmentation de la souffrance et à un changement total de la nature des liens au travail.

 Duarte Rolo

Références:

       Dejours C., Aliénation et clinique du travail, Actuel Marx 2006/1, n°39, p.123-144.

 

 Les autres articles sur Christophe Dejours:

 1. De la psychopathologie du travail à psychodynamique du travail.

2. Les nouvelles formes d’organisation du travail.

3. Christophe Dejours, L’autre campagne.

 

T2A, la réforme de l’hôpital

Je me propose ici, en faisant largement référence à l’article paru dans Le Monde Diplomatique de Février 2008 (« Un traitement de choc pour l’hôpital public« , Grimaldi A., Papo T., Vernant J.-P.), de discuter (enfin,soyons sincères, d’attaquer) la nouvelle loi pour réformer l’hôpital public, dénommée T2A (tarification à l’activité).

Le système de santé publique n’est plus soutenable, l’hôpital coûte trop chèr à l’État et il doit être modernisé, nous dit-on. Il est facile de déclarer aujourd’hui que ce modèle ne fonctionne plus quand hier on a contribué, à travers des réformes successives, à le mettre en échec, à l’amputer de moyens humains et financiers (cf.Le Monde Diplomatique). C’est comme se tirer une balle dans le pied et dire qu’on ne peut plus marcher! 

La mémoire populaire est courte, et les dirigeants politiques se lavent maintenant les mains de leurs responsabilités, comme si la « crise » était arrivée toute seule, de façon inévitable et irrépressible et que les gouvernements auxquels ils appartenaient n’y étaient pour rien.

Ainsi, c’est avec ces arguments qu’on prône la libéralisation du système public de santé et qu’on introduit l’idéologie managériale à l’hôpital, avec la nouvelle réforme, dénommée T2A (Tarification À l’Activité). Son bût déclaré est de diminuer le coût des hôpitaux, son objectif inavoué celui de financer les cliniques privées et de contribuer au désengagement de l’État du service public de santé.

« La T2A est faite pour mesurer la quantité, pas la qualité ; les procédures standardisées, pas la complexité ; les gestes techniques, pas l’acte intellectuel. Elle ne prend en compte ni la gravité, ni l’activité de services hospitaliers hautement spécialisés, ni la précarité, ni les problèmes psychologiques, ni l’éducation du patient… « (« Un traitement de choc pour l’hôpital public« , Grimaldi A., Papo T., Vernant J.-P). On continue de cette façon à adopter des procédures et des protocoles fondés sur la quantification et la codification de chaque acte humain, en négligeant de façon aberrante le réel, soit ce qui resiste à la maîtrise de l’homme. On calque sur l’humain le modèle de l’ordinateur, en désavouant ceux qui se confrontent au quotidien avec le nouveau et l’imprévisible de la vie même.

Par ailleurs, cette réforme semble contenir en elle-même des contradictions, puisque seule une partie des profits globaux gérés par la T2A vont être réinvestis dans les hôpitaux publics, qui seront inévitablement en déficit ce qui, à son tour, justifiera l’augmentation de la codification et de la tarification des activités hospitalières et nous entraînera dans une spirale de privatisation.

Ce changement de paradigme (« La médecine est une marchandise comme les autres » ; « Seul le marché est efficace pour régler les besoins » ; « La garantie de l’emploi est un luxe d’un autre âge », idem) aura également des effets sur l’embauche et le licenciement du personnel, avec la tentative d’abolir le statut de la fonction publique pour embaucher le personnel avec un statut de contractuel, et donc rendre plus simple le licenciement.

La T2A semble vouloir nous acheminer vers un modèle américanisé de santé publique, où chacun se verrait obligé de prendre son assurance ou mutuelle de santé privée et où ceux qui ne pourraient pas faire appel aux cliniques se trouveraient privés de soins. 

« Deux voies de réforme du système de santé s’opposent. L’une, néolibérale de privatisation rampante, vise à transférer les coûts vers les ménages et les assureurs privés selon la formule : « A chacun selon ses moyens ». L’autre, républicaine, égalitaire, cherche à défendre le principe du : « A chacun selon ses besoins socialement reconnus »  » (idem).

Duarte Rolo