Construire la relation thérapeutique

L’equipe de Paradoxa est heureuse de vous annoncer la sortie d’un ouvrage sur la relation thérapeutique, rédigé par deux de ses auteurs : Pierre Gaudriault et Vincent Joly:

relation thérapeutique

Propos:

Quelles qu’en soient les orientations, de trop nombreuses thérapies se terminent prématurément, parfois même dès le premier entretien.

C’est à partir de ce phénomène d’abandon précoce (appelé aussi « drop out ») que les auteurs ont été conduits à s’interroger ce qui constitue le socle commun à toute psychothérapie.

Ainsi l’ouvrage met-il en lumière les dimensions essentielles de la psychothérapie : la demande, l’alliance, le transfert, la temporalité et le cadre, dont l’importance apparaît dès les premiers entretiens. Ces « organisateurs de changement psychique » sont passés en revue de manière à donner des éclairages pour que l’alliance thérapeutique se mette durablement en place, dans une psychothérapie créative.

De nombreuses vignettes cliniques, des comptes rendus de recherches et d’observations psychologiques et psychanalytiques, mais aussi des emprunts à la fiction, au conte, au roman étayent le propos.

 Sommaire:

  • Entrer en thérapie : une question ouverte
  • Qui demande quoi ?
  • À la recherche d’une alliance unitaire
  • Alliances doubles et pactes emboîtés
  • L’épreuve du transfert
  • Dystemporalités et hétérochronie
  • Les promesses du cadre
  • Les opérateurs de changement psychique

Public :

jeunes professionnels engagés dans la pratique psychothérapique, toute personne souhaitant mieux en comprendre les écueils et les enjeux.

 Auteurs:

Pierre Gaudriault est docteur en psychologie, psychologue certifié Europsy, exerçant actuellement au sein de l’Association Nationale pour la Prévention en Alcoologie et Addictologie. Il pratique des psychothérapies sous diverses formes (verbales, psycho-corporelles, individuelles et de groupe) tout en maintenant une écoute psychanalytique de la psyché. Il participe à des recherches sur le changement psychique chez des personnes souffrant de troubles addictifs.

Vincent Joly est psychologue et psychothérapeute. Il travaille actuellement aux centres médico-psychopédagogiques de Nevers et de La Courneuve auprès d’enfants et d’adolescents dans une perspective analytique. Il est également chargé de cours en licence de Sciences Sanitaires et Sociales de l’Université de Paris XIII ainsi qu’à l’Institut de Formation en Soins Infirmiers de Colombes.

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Michel Onfray et la folie

A la suite de mon précédent article sur Michel Onfray, j’ai continué de lire les très nombreux articles qui se publiaient à ce sujet et les nombreux débats auxquels le philosophe prenait part. Une remarque sur le forum Digression m’a paru éclairer la position de M.Onfray. L’auteur remarque qu’il y a deux Onfray : D’un côté, un penseur posé, à l’esprit fin et complexe, dont le goût du débat est d’abord un goût de la réflexion. Son ouvrage, s’inspirant très largement du Livre noir de la psychanalyse, s’inscrit, dans ses grandes lignes, dans cette tendance. A l’inverse, il existe un autre Onfray, débatteur féroce, excessif, pour qui tout argument semble bon du moment qu’il fait taire l’adversaire. Il m’apparaît alors entièrement mu par ses sentiments (par quelque chose comme une colère débordante). 

Michel Onfray, comme tout humain qui se respecte, a des peurs, des angoisses, des sujets qui le touchent plus ou moins. Rien là que de très normal. Et il n’y aurait rien de surprenant à ce que ses peurs viennent obscurcir sa pensée et tordre le fil de son discours. 

Tableau sur la folie

Plus particulièrement, il semble avoir peur, mais alors très peur, de la folie. Comment comprendre autrement le mépris dans lequel il tient les fous, les « félés » qu’il semble tenir pour responsables moralement de leurs propres félures? En témoigne ce dialogue entre Nicole Garcia, réalisatrice du film « L’Adversaire », et Michel Onfray :

« 

Nicole Garcia : J’ai invité Michel Onfray, sans le connaître, mais sachant qu’il menait l’aventure de l’université populaire de Caen, à assister à une projection de L’Adversaire, le film que j’ai réalisé à partir du livre d’Emmanuel Carrère et de l’« affaire Romand » (2). A la sortie de la projection, Michel Onfray m’a dit que ce personnage joué par Daniel Auteuil était un fêlé, un « délinquant relationnel ». Ce qui m’a plongée dans la perplexité.

Michel Onfray : Je n’étais pas et ne suis toujours pas fasciné par la figure d’un personnage fêlé, alors que vous, vous vous intéressez à la fêlure. L’idée de transformer en héros positif un pauvre type me rebute…

N. G. :
Il ne s’agit pas d’un héros positif mais d’un héros tragique. Ce que j’ai voulu montrer se situe au-delà du bien et du mal.

M. O. : Il n’empêche, je ne suis pas de ceux qui, dans la mouvance des Artaud ou Bataille, trouvent matière à fascination chez les fous, les pervers, les dérangés. L’éloge du schizo chez Deleuze ou du borderline chez tant d’autres ne m’a jamais attiré. Même chose avec ce Jean-Claude Romand. J’ai plutôt tendance à faire de la morale dans ces cas-là ! Personnellement, j’aime sortir d’un film en ayant eu l’occasion de penser, de réfléchir. Par exemple, comment devient-on Jean-Claude Romand ? C’est cette question qui m’intéresse. Et je ne suis pas sûr que votre film y réponde.

« 

Personnellement, la violence du vocabulaire « les félés » , « les fous, les pervers, les dérangés » m’a tristement surpris dans la bouche d’un penseur de cette qualité. Il me semble que le mépris qu’il affiche ici à l’égard de ce qui, dans l’homme, peut dévier du chemin de la normalité rationnelle vient éclairer ses prises de positions sur la psychanalyse.
Il ne s’agit pas pour moi de critiquer les arguments de Michel Onfray mais de réfléchir sur l’écart entre ses différents arguments. Parfois, il milite (comme sur France Culture) pour une psychanalyse se démarquant de l’héritage freudien et adopte une position très majoritairement partagée par les psychanalystes (notamment les kleiniens pour ne citer qu’eux). Parfois, il semble rejeter dans le même mouvement Freud, la psychanalyse et toute forme de thérapie non « scientifique » qu’il associe au travail du rebouteux.

Il me semble que l’écart entre ces deux postures que tout oppose tient dans cette haine du fou qui poind par instant dans le discours du philosophe.

Michel Onfray, la psychanalyse et la loi de Godwin

Caricature de Sigmund Freud

Dans son nouvel ouvrage, Le Crépuscule d’une idole, Michel Onfray critique la pensée de Sigmund Freud, reprenant dans leurs grandes lignes les thèses du Livre Noir de la psychanalyse. N’ayant pas encore lu son texte, je ne pourrais pas en dire grand chose et je me contenterai de quelques remarques sur son interview avec Franz-Olivier Giesbert.

Sachant combien la télévision et son goût pour le sensationnalisme fait dire n’importe quoi, je me garderais de rapporter au livre ce que Michel Onfray dit sur ce plateau. Mais il semble à première vue que le goût de la polémique, de la joute verbale et des excès ait quelque peu pris le pas sur la réflexion et la lecture critique du texte freudien.

Il apparaît donc que ce débat (comme nombre de débats par médias interposés) va se transformer en concours de dépassement du point Godwin. Le point Godwin, relatif à la très hypothètique loi de Godwin, correspond à ce moment de la discussion où les accusations portés contre ses adversaires deviennent excessives. Le plus souvent le point Godwin est atteint dès lors q’une comparaison avec le nazisme est effectuée. Dans le débat qui nous occupe, ce point est déjà largement franchi. Freud était nazi et pervers, pour Michel Onfray, Onfray est fasciste et réactionnaire pour Elisabeth Roudisnesco – qui démonte le livre de Michel Onfray avec une méticulosité tout à fait charmante.

Le dépassement du point Godwin témoignant du moment à partir duquel un débat perd une grande part de son intérêt, je me permettrais de ne pas y entrer plus avant.

Pour en savoir plus :

– Michel Onfray chez FOG

– L’article d’E.Roudinesco sur Michel Onfray

La vérité en psychologie : hypothèses heuristiques et nombres complexes

Suite aux discussions sur le statut de la vérité en psychanalyse (cf. appel à l’aide théorico-pratique), je voudrais me livrer à une petite digression sur la notion de la vérité. Il ne s’agit pas ici d’aborder cette question frontalement et de manière théorique mais au détour d’une métaphore. En effet, je suis persuadé qu’une métaphore ou une comparaison produit parfois plus de sens qu’une stricte réflexion théorique.

 

Francesco Mai

 

En mathématiques l’ensemble des nombres complexes englobe celui des réels. Les nombres complexes sont définis par une base réelle et une base imaginaire (i) qui correspond à x multiplié par racine carré de -1 (cf. wikipedia). √-1 est un chiffre qui « n’existe pas » (il s’agit d’un calcul qui n’admet aucune réponse) pourtant les nombres complexes sont utiles car ils permettent de résoudre des équations qui sans cela sont insolubles. Pour le dire dans un vocabulaire qui n’est pas celui des mathématiques, √-1 est « faux » dans le sens où aucun calcul dans la vie courante ne peut avoir ce chiffre pour résultat final. Dire que mon compte est crédité de √-1 euros n’a aucun sens. De ce fait, les nombres complexes doivent être supprimés, consommés, au cours du calcul mathématique. Pour le dire autrement, il est nécessaire, dans certaines équations, d’avoir recours à une impossibilité qui sera supprimée car elle permet de résoudre l’équation en dépassant une difficulté à un moment du calcul.

Certaines hypothèses en psychanalyse ou dans la religion me semblent avoir le même statut que les nombres complexes : elles ne sont pas vérifiables ni falsifiables et n’ont été démontrées par aucune expérience scientifique. Pourtant, il est nécessaire de les utiliser dans certaines situations, tout comme il est nécessaire d’utiliser les nombres complexes dans certaines équations.
Ces hypothèses (pour prendre des exemples très schématiques : l’existence de Dieux ou l’existence de l’inconscient) ne doivent donc pas être jugées sur leur réalité mais sur la réalité de leurs effets. La question qui se pose alors est : faut-il utiliser telle hypothèse plutôt que telle autre? Pour y répondre, il convient de se poser deux questions:
a/ Est-ce utile?
b/ Est-ce bien?

La question de l’utilité du recours à telle hypothèse plutôt qu’à telle autre va notamment se poser dans le cas des thérapies. En effet, dans ces cas, il existe un but que l’hypothèse doit permettre d’atteindre. Et l’on cherchera dès lors à savoir s’il est plus utile de penser le sujet en termes psychanalytiques, comportementalistes ou systémiques pour que la thérapie soit réussie (reste à définir ce qu’est une thérapie réussie mais c’est un autre débat).
La question du bien se pose lorsque ce qui est recherché n’est pas d’ordre thérapeutique. Dans ce cas, on ne saurait choisir pour l’autre quel nombre complexe il souhaite utiliser pour résoudre l’équation de son existence et l’on ne saurait dire s’il est « mieux » d‘être chrétien, freudien ou lacanien.
Il me semble que ce double clivage entre d’une part réalité observable et hypothèses inobservables et, d’autre part, entre hypothèse utile et hypothèse juste permet de clarifier de nombreux débats en psychologie qui, mélangeant trop souvent ces différents niveaux, ne permettent pas de développer une réflexion claire.

 

– Autres articles propos de la notion de vérité en psychologie :

     . Appel à l’aide théorico-pratique : pour les fondements d’une nouvelle psychologie 

     . Un exemple concret: la psychodynamique du travail 

     . La vérité en psychologie : hypothèses heuristiques et nombres complexes 

Sur le suicide au travail I

La question des suicides en lien avec le travail a fait son entrée dans l’espace public à la suite des enquêtes journalistiques menées après les séries de suicides enregistrées chez Renault, Peugeot et EDF en 2007. Aujourd’hui, c’est suite aux évènements tragiques de France Télécom (23 suicides en 18 mois!) que les médias s’emparent de cette question. Il s’agit maintenant d’un fait de société qu’on ne peut ignorer, mais la question qui persiste est de savoir comment la situation dans le monde du travail c’est dégradée au point où des individus en viennent à sacrifier leurs vies?

Rapports entre suicide et travail

D’une façon générale, les suicides sur les lieux de travail apparaissent dans les pays occidentaux à partir des années 1990 (il faut néanmoins donner une place d’exception au secteur agricole, où l’on recensait déjà des suicides auparavant). L’investigation des causes du suicide est souvent semée d’obstacles nombreux et divers, liés entre autre à la nature même de l’acte suicidaire et aux affects extrêmement pénibles qu’il suscite chez l’entourage. Ainsi, il est souvent impossible de réunir des données qui permettraient d’imputer le suicide à une cause donnée, d’où la difficulté récurrente d’élucider le lien existant entre suicide et conditions de travail (ce qui conduit sans doute à une sous-estimation des suicides en lien avec le travail). Mais dans la mesure où le suicide apparaît généralement comme un acte adressé à autrui, à valeur de message, les suicides perpétrés sur le lieu de travail semblent indiquer clairement le chemin à suivre: le travail est alors convoqué dans l’analyse de l’acte suicidaire.

Trois différentes approches théoriques s’affrontent aujourd’hui sur cette question:

– la première, dite approche par le « stress », considère que les troubles psychiques ou somatiques dont souffrent les individus sont en lien avec une faiblesse ou vulnérabilité individuelle. Leur incapacité à gérer (cope with) le stress serait à l’origine de leurs difficultés.

– la seconde approche, dite « structuraliste », consiste à attribuer le suicide à des failles individuelles prenant leur origine dans un certain nombre de facteurs relevant du sujet (l’histoire individuelle, facteurs génétiques, etc.). Le travail n’est pas directement impliqué, mais il fonctionnerait comme un traumatisme révélateur de ces failles personnelles.

– la troisième approche, l’analyse « sociogénétique », stipule que le travail et ses contraintes sont décisives dans la survenue de la décompensation psychopathologique et donc du suicide. L’organisation du travail a un impact majeur sur la santé et ne peut être écartée comme élément déclencheur de toute décompensation psychopathologique jusqu’à preuve du contraire.

Il nous semble impossible de défendre la vulnérabilité ou la fragilité individuelle comme causes uniques du suicide. En effet, si la cause fondamentale était de ce côté, comment pourrait-on expliquer qu’un grande nombre des individus qui se suicident aujourd’hui ne présentent aucun signe pré-pathologique et affichent même d’excellentes performances professionnelles? La clinique du suicide au travail révèle que dans la grande majorité des cas ce sont les sujets les plus zélés et les plus compétents qui finissent par se donner la mort. Ce sont les meilleurs d’entre nous qui finissent par abdiquer et ce au nom de leur travail!

C’est pourquoi je défends que l’organisation du travail doit être mise en cause dans la survenue des suicides. C’est dans la mesure où le travail joue un rôle de premier plan dans la construction de la personnalité qu’il peut devenir pathogène, lorsque certaines formes d’organisation du travail contribuent à la fragilisation des ressources psychiques des individus. C’est bien du côté des nouvelles formes d’organisation du travail (évaluation individualisée des performances, qualité totale, etc…) qu’il convient de chercher les raisons de ces suicides qui témoignent d’une dégradation profonde de la solidarité et du vivre ensemble.

(à suivre)

Duarte Rolo.

Bibliographie:

– Bègue F. et Dejours C.(2009), Suicide et Travail: que faire?, PUF, Paris.

Requiem for a dream ou la pathologie de la norme

Requiem for a dream est un grand film à de nombreux égards et s’offre à de multiples lectures. Un point en particulier a retenu mon attention : l’explicitation du lien entre une pathologie et la manière dont une société perçoit l’homme et le monde.

Requiem for a dream (appelons-le RfaD pour plus de simplicité) décrit un monde sans Dieu. Aucun personnage, par exemple, n’a peur d’aller en Enfer, ce n’est pas le propos du film, ce n’est d’ailleurs pas le propos de grand monde depuis longtemps. RfaD bâtit également l’image d’un monde déterministe. Les séquences de « shoot » montrent bien la chaine de causalité entre le produit, son injection et sa montée au cerveau: les pupilles du personnage se dilatent et ses yeux, loin d’être le « miroir de l’âme », ne sont que les indicateurs des effets de la substance sur la machinerie du cerveau.

Dans le monde décrit par RfaD, la morale et la culpabilité existent, en témoigne la culpabilité du héros conscient d’entraîner son amie en enfer. Néanmoins, ce ne sont pas ces « valeurs » (disons plutôt ces manifestations du Surmoi) qui organisent la vie des personnages. Si on prend, par exemple, le personnage de la mère, ce qui donne sens à son existence, ce qui fonde ses angoisses, c’est la recherche d’une image (elle, dans sa robe rouge passant dans son émission fétiche). C’est ainsi cette image qui la réconforte et lui permet de s’endormir en chien de fusil lors de la dernière scène du film. C’est pour essayer d’atteindre cette même image qu’elle commence à se droguer. Or cette image, ce petit scénario fantasmatique est une expression de la norme (elle est une bonne mère que ses amies envient, son fils ne se drogue pas, il réussit ses études et son père serait fier de lui). Il n’est pas, d’abord, un fantasme personnel. Au contraire, il est l’expression de ce « on » que représente la télé, fenêtre sur un extérieur normatif. Ainsi, le problème de cette femme -mais également, me semble-t-il, de tous les personnages – est d’ordre normatif non d’ordre moral. Dans RfaD, la norme apparaît comme plus structurante et plus fondamentale que la loi.

Or, et c’est le point, qui m’intéresse, ce monde normatif est également un monde de toxicos. Les personnages y sont tous dépendants de quelque chose (qu’il s’agisse de la télévision ou de la cocaïne). La drogue y court-circuite la pensée et permet de créer, synthétiquement, cette image qui organise la vie des personnages. En ce sens elle est bien l’expression pathologique d’une société de la norme : pour accéder à l’image normée, les personnages ont recours au produit. En ce sens, ce film est celui d’un monde structuré autour de l’image et non du devoir moral. Dans ce monde nouveau, le malade n’est plus le névrosé qui se punit de ne pas respecter la morale, mais le toxico qui se défonce pour atteindre une image qu’il rêve d’être.

 

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L’Appel des appels : mobilisation du 31 janvier

L’équipe de paradoxa a pu « infiltrer » un de ses membres lors de la journée de mobilisation de « l’Appel des appels » qui s’est déroulée le 31 janvier au 104, à Paris.

Malheureusement cet « infiltré » n’est arrivé qu’à la  fin des débats, pour les derniers témoignages et les conclusions de la journée.

Il en ressort une vive critique du chemin que prennent aujourd’hui les secteurs de la santé, de la culture, de l’enseignement et de l’éducation nationale. Les professionnels de l’ensemble de ces secteurs témoignent tous d’un profond malaise et de conditions de plus en plus précaires pour exercer leur travail. De la marchandisation de la santé ou de l’éducation, aux procédures de normalisation sociale ou aux dérives sécuritaires, tout semble nous diriger vers un écrasement de l’humain et des valeurs fondatrices de ces métiers.

C’est ainsi qu’un appel à la poursuite de la mobilisation est  lancé, à travers le communiqué disponible sur le site.

La résistance vient de commencer, rendez-vous le 21 mars 2009.

Un exemple concret: la psychodynamique du travail

Pour poursuivre un peu le débat que nous avons lancé, je vais prendre un exemple concret, celui de la psychodynamique du travail.

Née au début des années 90, la psychodynamique est issue de la confrontation de plusieurs disciplines engagées dans l’analyse et l’étude du travail comme la sociologie du travail, la psychopathologie du travail, l’ergonomie etc…Et c’est au cours d’un séminaire interdisciplinaire visant à confronter toutes ces approches du travail qu’est apparue la nécessité de fonder une nouvelle approche, qui puisse rendre compte d’une façon plus juste des processus dynamiques qui se jouent entre le sujet et le travail. C’est alors que Christophe Dejours décide de fonder cette nouvelle discipline, dotée d’une vraie théorie du sujet issue de la psychanalyse, mais aussi des apports de l’ergonomie francophone et de la sociologie du travail.

Voilá l’exemple d’une nouvelle approche qui surgit d’un besoin concret, c’est à dire une lacune des sciences du travail, apparue au cours de la confrontation (qui s’avéra fertile cette fois-ci) de diverses approches. On aurait pu penser que chaque discipline resterait accrochée à sa vision du monde, dénierait ses difficultés et ses impasses ainsi que le mérité des autres, défendrait son approche sans céder aux objections et contradictions. Voilá ce qu’on observe le plus souvent dans les guerres entre sociétés de psychanalyse et autres différentes chapelles. Mais dans ce cas c’est de la reconnaissance des difficultés que rencontrent les disciplines dans la tentative de comprendre un réel complexe et surdéterminé que naît le besoin de créer une nouvelle science, qui vient rendre compte d’un aspect du réel qui jusqu’à alors n’avait pu être abordé de façon satisfaisante par les autres.

Je trouve qu’on a ici un très bon exemple de ce que doit être un vrai débat scientifique, préoccupé de rendre compte de façon la plus fidèle possible du réel et pas seulement de défendre sa vision du monde, dans le déni de ses failles. La vraie place des sciences naît de ce besoin primordial d’approcher le monde d’une façon la plus fidèle possible.

 

– Autres articles propos de la notion de vérité en psychologie :

     . Appel à l’aide théorico-pratique : pour les fondements d’une nouvelle psychologie 

     . Un exemple concret: la psychodynamique du travail 

     . La vérité en psychologie : hypothèses heuristiques et nombres complexes 

La vidéothèque de la SPP ou la logique communautaire dans les sociétés de psychanalyse

La Société Psychanalytique de Paris (SPP, la plus grande société de psychanalyse freudienne en France) a ouvert il y a un an une vidéothèque qu’elle présente sur son site internet. 

spp

Sur le coup, je me suis dit que c’était une bonne idée surtout qu’ils proposent des entretiens qui ont l’air très intéressants.  Oui.. Mais non en fait. Parce qu’à part quelques extraits de deux minutes chacun, il faut louer ces vidéos et pour les louer, il faut être membre d’une société de psychanalyse (et encore je présume que les lacaniens ne sont pas invités). Evidemment, il est toujours possible de les acheter mais à 39 euros le dvd, mieux vaut ne pas être ouvrier si l’on souhaite entendre André Green ou Michel de M’Uzan.

 Je suis convaincu qu’il y a une foule de très bonnes raisons techniques pour expliquer cet état de fait. « Le service est récent », « on n’a pas assez de dvd alors on ne peut pas les prêter à tout le monde » et nombre d’autres arguments auxquels je n’aurais pas pensé. J’ai juste l’impression – mais peut-être que je me trompe – que la cause première de ce fonctionnement, c’est qu’à la SPP, on parle d’abord aux membres de la SPP. Et les autres, ils n’ont qu’à se débrouiller et payer des dvd 39 euros.

Cette vision aristocratique et étriquée du savoir et de sa transmission me semblent être une des principales causes  du déclin de la psychanalyse. En contradiction complète avec le fontionnement d’internet et les possibilités qu’il offre, j’ose espérer que ces réflexes communautaires disparaîtront un jour. 

Appel à l’aide théorico-pratique : pour les fondements d’une nouvelle psychologie

Bon, il faut que je vous dise. J’arrive pas à résoudre le problème tout seul et je suis vraiment embêté. Ce sera donc vous, oh fidèles lecteurs de paradoxa, qui apporterez la réponse!

Droit au but: en fait, mes préoccupations commencent avec la question suivante (très importante!) : dans quelles conditions peut-on produire des connaissances valables en psychologie? Ou plutôt, quels sont les critères qui nous permettent de valider des savoirs ou des connaissances en psychologie ? (j’engage ici la question de la vérité psychologique vous ne croyez pas?)

Bon, jusque là, c’est pas si compliqué que ça direz vous (et encore…). Mais la question se décline et se complexifie, en reprenant notamment les vieux débats de la psychologie comme celui de la scientificité de la discipline, de l’opposition entre objectivité/subjectivité, entre psychogénèse/sociogénèse/organogénèse…

J’avoue mon partis pris ou plutôt mon inclinaison pour une conception matérialiste (influencée notamment par la critique de l’idéalisme de la psychologie faite par Georges Politzer et récemment par la « psychiatrie sociale » de Louis Le Guillant) de toute discipline et c’est entre autres choses à cause de cette volonté de “marcher avec les deux jambes, l’une freudienne et l’autre marxiste” comme le défendait Tosquelles, que je me pose le problème de l’objecivité et de la positivité. Eh, oui n’en déplaise aux “psys”, il faudra bien discuter du positivisme et de la capacité de la psychologie à fournir des données positives, c’est à dire en relation avec des “faits”(avec quels faits, ça c’est encore une autre chose…). Bien évidemment, je suis le premier à critiquer toutes les espèces de néo-positivismes scientistes qui minent la pensée contemporaine, ce n’est pas ça qui m’intéresse et ce n’est pas ça dont on discute ici.

Toute discipline suppose, bien entendu, un rapport d’objectivité, ou plutôt une objectivation, à travers la construction d’une relation entre un objet d’étude et un sujet connaissant. Or, dans notre cas, l’objet est lui aussi sujet connaissant, agissant, souffrant…Est-ce pour autant qu’on se doit d’écarter la nécessité d’objectivité, entendue comme condition d’une validité universelle? (je pose simplement la question sans préjuger de la possibilité ou non d’une objectivité quelquonque en psychologie). Quelles sont les conditions nécessaires pour produire cette objectivité? Est-elle équivalente à une vérité? Est-elle nécessaire?

Pourquoi la psychologie se garderait-elle de discuter de ses méthodes pour produire des connaissances valides, et serait-elle à l’abri de se justifier juste parce que son objet d’étude est le sujet et la subjectivité (“mais nous c’est différent parce qu’on travaille avec la subjectivité…”. Oui, et alors?!) ? Pourquoi se différencierait-elle tellement des autres sciences de l’Homme (qui ont rencontré et rencontrent également ce problème), comme elle a tendance à le faire? N’aurait-elle pas des choses à puiser dans les disciplines voisines, tout en se forgeant son indépendance? Pourquoi la psychologie cherche-t-elle tellement à se détacher des autres sciences humaines, sauf dans de rares exceptions?

Prenons appui sur les affirmations suivantes pour continuer à réfléchir sur la question:
– “les troubles dans le vécu ne renvoyent pas qu’au vécu, le subjectif renvoie aussi à l’objectif, à une réalité que la manipulation des relations humaines ne saurait modifier profondément”, Louis Le Guillant (c’est là que s’arrête l’intervention thérapeutique et commence l’activité politique?).
– une théorie du sujet se doit de prendre en compte les déterminations sociales au risque de négliger un grand nombre de facteurs rentrant en compte dans la constitution de la personnalité, de l’action et même de la psychopathologie individuelle et collective. Se centrer sur la subjectivité de façon exclusive c’est rester purement à un niveau intrapsychique et faire l’impasse sur les impositions de la réalité. Néanmoins, il ne s’agit pas non plus d’accorder aux déterminismes sociaux une importance telle que le sujet s’en trouverait écrasé et privé de sa liberté. Il ne s’agit pas de faire une science de l’homme sans subjectivité, tentation facile et maintes fois réalisée, mais de chercher quelle est cette subjectivité humaine et comment elle entre en relation avec la réalité matérielle.

Attention, pas de confusion. Je ne défends pas ici que la psychologie est une science comme les autres, et que, du fait que son objet soit différent, elle n’a pas de spécificités. Ce que je cherche plutôt c’est justement à interroger ces spécificités et à les rendre visibles et formalisables, de façon à (re)constuire des fondations solides à une discipline qui me semble encore hésitante sur bien des points.

Je pourrais résumer (non, je ne pourrais pas, mais je le fais quand-même, parfois il faut bien se simplifier la tâche…) toutes ces interrogations en une seule :
La psychologie existe-t-elle réellement ou existe-t-elle uniquement dans nos têtes?

Belle provocation, quelle confusion! Autant de questions naïves, diront certains, de questions mal posées penseront d’autres, ou enfin de fausses questions jugeront les derniers. Soit. Jouons le jeu de la critique radicale jusqu’au bout, contre tout relativisme et contre le danger de tous les courrants de pensée « post-quelque chose » et le risque de la déshistoricisation. Je vous en serai reconnaissant.

« Au point de vue du matérialisme, c’est à dire du marxisme, les limites de l’approximation de nos connaissances à la vérité objective absolue sont historiquement relatives, mais l’existence même de cette vérité n’est pas contestable, comme il n’est pas constestable que nous en approchons. »
Lénine

Duarte.

 

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