Construire la relation thérapeutique

L’equipe de Paradoxa est heureuse de vous annoncer la sortie d’un ouvrage sur la relation thérapeutique, rédigé par deux de ses auteurs : Pierre Gaudriault et Vincent Joly:

relation thérapeutique

Propos:

Quelles qu’en soient les orientations, de trop nombreuses thérapies se terminent prématurément, parfois même dès le premier entretien.

C’est à partir de ce phénomène d’abandon précoce (appelé aussi « drop out ») que les auteurs ont été conduits à s’interroger ce qui constitue le socle commun à toute psychothérapie.

Ainsi l’ouvrage met-il en lumière les dimensions essentielles de la psychothérapie : la demande, l’alliance, le transfert, la temporalité et le cadre, dont l’importance apparaît dès les premiers entretiens. Ces « organisateurs de changement psychique » sont passés en revue de manière à donner des éclairages pour que l’alliance thérapeutique se mette durablement en place, dans une psychothérapie créative.

De nombreuses vignettes cliniques, des comptes rendus de recherches et d’observations psychologiques et psychanalytiques, mais aussi des emprunts à la fiction, au conte, au roman étayent le propos.

 Sommaire:

  • Entrer en thérapie : une question ouverte
  • Qui demande quoi ?
  • À la recherche d’une alliance unitaire
  • Alliances doubles et pactes emboîtés
  • L’épreuve du transfert
  • Dystemporalités et hétérochronie
  • Les promesses du cadre
  • Les opérateurs de changement psychique

Public :

jeunes professionnels engagés dans la pratique psychothérapique, toute personne souhaitant mieux en comprendre les écueils et les enjeux.

 Auteurs:

Pierre Gaudriault est docteur en psychologie, psychologue certifié Europsy, exerçant actuellement au sein de l’Association Nationale pour la Prévention en Alcoologie et Addictologie. Il pratique des psychothérapies sous diverses formes (verbales, psycho-corporelles, individuelles et de groupe) tout en maintenant une écoute psychanalytique de la psyché. Il participe à des recherches sur le changement psychique chez des personnes souffrant de troubles addictifs.

Vincent Joly est psychologue et psychothérapeute. Il travaille actuellement aux centres médico-psychopédagogiques de Nevers et de La Courneuve auprès d’enfants et d’adolescents dans une perspective analytique. Il est également chargé de cours en licence de Sciences Sanitaires et Sociales de l’Université de Paris XIII ainsi qu’à l’Institut de Formation en Soins Infirmiers de Colombes.

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La bibliothèque de Paradoxa, section sciences

La psychologie comme la psychanalyse se sont nourries d’influences extérieures. Pour ne citer que les exemples les plus connus, Lacan a emprunté à Saussure, Freud à la neurologie de son temps et à la philosophie de Nietzsche ou de Schopenhauer et la cognitivisme aux travaux sur l’intelligence artificielle. Etudier la psychologie, c’est donc étudier d’autres disciplines que la psychologie. J’ai choisi quelques ouvrages dans diverses disciplines qui permettent d’éclairer l’étude des profondeurs de l’âme. J’ai essayé de ne pas choisir des ouvrages canoniques (ce sera peut-être pour une prochaine fois) mais des livres qui me semble pouvoir être fécond. J’assume donc le caractère extrêmement subjectif de cette liste.

 

1. Sciences naturelles

Stephen Jay Gould, Comme les huit doigts de la main

Ce livre compile une série d’articles du célèbre biologiste américain. Il s’agit d’un excellent ouvrage de vulgarisation sur les théories néo-darwiniennes. De plus, il constitue un véritable vivier à comparaisons. Je pense notamment à l’idée selon laquelle l’origine (par exemple la naissance d’une nouvelle espèce) est un moment de foisonnement. De nombreuses mutations apparaissent durant un temps très court. Par la suite, et par le jeu de la sélection naturelle, seules les mutations viables sont conservées. Nous sommes alors aux antipodes de la vision chrétienne qui voit dans un couple unique l’origine de l’humanité. Or ce fantasme de l’origine unique est également présent en psychanalyse où l’on voit en Freud le Père de la psychanalyse.

2/ Physique

Brian Greene, La Magie du cosmos

La magie du Cosmos expose les théories de la physique newtonienne et de la physique quantique ainsi que les dernières évolutions de la théorie des cordes. Premièrement, il s’agit de la meilleure présentation de la physique newtonienne que je connaisse. Ensuite, ce livre montre comment les différentes théories physiques sont sous-tendues par des représentations différentes de l’espace et du temps et il me paraitrait particulièrement intéressant de mettre en rapport la manière dont nous vivons ces deux dimensions et la façon dont la science les décrit. Last but not least, ce livre constitue à mes yeux un modèle quant à sa démarche. L’auteur ne rejette jamais a priori aucune hypothèse. Il peut, par exemple, se demander si le temps existe ou non et essaye de peser le plus objectivement possible le pour et le contre. L’ouverture d’esprit dont fait preuve ce représentant d’une science « dure », souligne par contraste la frilosité qui accompagne, parfois, les réflexions en psychologie et en psychanalyse.

3/ Neurologie

Oliver Sacks, L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau

J’ai toujours été impressionné par la capacité de l’auteur à produire une réflexion qui mette en rapport réalité physique et réalité vécue et, si un livre devait un jour me réconcilier avec la neurologie, il s’agirait certainement de celui-là. L’auteur utilise les notions philosophiques pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des concepts. Loin d’en faire des arguments d’autorité pour justifier ses réflexions, il les utilise comme des outils pour penser le monde, comme des moyens au service d’une pensée et non comme des fins ou comme des objets sacrés.

4/ Philosophie

Après avoir résisté à la facilité en citant Spinoza, je choisirai les deux textes suivants :

– Nietzsche, Ecce Homo

Je conseillerai Ecce Homo pour le parallèle entre la notion de corps chez Nietzsche et la notion de pulsion chez Freud (cf. également P.L.Assoun Nietzsche et Freud). Egalement pour découvrir l’antichambre de la psychanalyse : Je ne sais pas si l’anecdote est réelle ou fictive mais on dit que Freud refusait de lire Nietzsche car cela lui rappelait qu’il n’avait rien inventé.

– Jean-Paul Sartre, L’Etre et le néant, chapitre sur la psychanalyse existentielle

Ce chapitre qui expose la tentative sartrienne de réconcilier la psychanalyse et l’existentialisme, finalement assez méconnu en France, fut beaucoup plus fécond outre Atlantique. Sartre s’oppose notamment à la vision freudienne d’une psyché divisée en différentes instances et cherche à décrire le projet existentiel de chaque sujet.

5/ Critique littéraire

– Jacques Derrida, L’Ecriture et la différance (à préférer à De la Grammatologie trop ennuyeux à mon goût)

Cette série d’articles introduit notamment la notion de differance, c’est-à-dire l’idée qu’il existe à l’origine dans l’écriture un déplacement qui empêche de jamais saisir le sens premier. L’idée de signifiant chez Lacan est à rapprocher de celle de différance chez Derrida, l‘un renvoyant à l‘écriture, l‘autre à la psyché.

– Roland Barthes, Michelet

Texte de Barthes quelque peu tombé dans l’oubli, Michelet constitue à mes yeux le meilleur représentant de la critique psychanalytique, même s’il ne s’en revendique pas. Barthes parvient, en effet, à rêver quelque chose de l’âme de Michelet tout en évitant de la fantasmer. De plus, il dit quelque chose de l’auteur sans pour autant réduire le texte. Ce livre me laisse à penser que la critique thématique est la voie royale pour porter un regard « psy » sur la littérature. Elle permet en effet de chercher l’auteur dans le texte, de l’ouvrir et non de rabattre sur une théorie extérieure ou une biographie.

6/ Sociologie

Gilles Lipovetski, L’ère du vide

Dans cet ouvrage Lipovetski mène une réflexion sur l’homme post-moderne et l’écart qui existe entre les individus de ces trentes dernières années et ceux du XIXe et du XXe siècles. Il y a là quelque chose à tisser avec les évolutions récentes de la clinique et la place grandissante accordée aux états-limites. En effet, le manque de structuration dans ce type de fonctionnement ainsi que la prévalence de l’Idéal du Moi par rapport au Surmoi sont à mettre en parallèle avec la mort des idéologies surmoïques et le remplacement de la loi par la norme.

la bibliothèque de Paradoxa, section peinture

 Un tableau par siècle, quelques phrases justifiant notre choix, la bibliothèque de Paradoxa se veut un prétexte à la discussion, une ouverture vers les goûts de chacun ;  elle ne s’appesantit pas, elle propose.

 

XVIe siècle : Arcimboldo, Eté

Pour : –  la fusion de la nature et de l’homme, exprimée dans le tableau. Le visage de l’homme est consitué par des éléments naturels tout comme la nature est marquée par l’homme puisqu’il s’agit de fruits cultivés.
– la  représentation morcellée de l’individu.

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XVIIe siècle : Diego Vélasquez, Les Ménines

Pour l’étrange importance que le peintre semble accorder aux nains. Ceux-ci sont souvent placés à côté d’enfants, comme si s’exprimait un trouble de la délimitation entre l’enfance et l’âge adulte. On remarque d’ailleurs que la fillette au centre du tableau, de sang royal, n’a pas une expression d’enfant et que les adultes autour d’elles lui sont subordonnés. Elle est dépouillée de ses caractéristiques d’enfant.

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XVIIIe siècle : François Boucher, Mademoiselle O’Murphy

Pour l’érotisation excessive du tableau qui a fait sa célébrité, et qui conduisit un critique contemporain à appeler le peintre « le boucher »… La blancheur de la peau, rosie par le désir qu’y projette le peintre, est rappelée par la couleur des tissus ; l’exubérance de la chair, de la position de la jeune femme et la vivacité de l’ocre signifient un besoin de « lacher tout » dans l’expression de l’Eros.

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XIXe siècle : Vincent van Gogh, Nuit étoilée

Pour la prolifération des images symboliques qu’on retrouve dans les rêves : clocher, symboles phalliques divers, la montagne, lieu de l’Unheimlich, couvant le petit village, lieu du familier, etc. Bien plus encore, pour le mouvement qui anime le tableau, similaire au mode de fonctionnement des rêves. Les nuages semblent être en mouvement changeant sans arrêt de forme comme le rêve glisse insensiblement d’un thème à un autre.

XXe siècle : Piet Mondrian,

La bibliothèque de Paradoxa : présentation

Paradoxa ouvre sa bibliothèque. A l’heure où nous écrivons ces lignes, elle comprend deux sections : sciences,  et peinture mais nous espérons en publier d’autres au cours de ces prochains mois. Cette bibliothèque se donne pour but de  mettre en lien l’étude de l’âme avec d’autres disciplines artistiques et scientifiques.

Le choix des oeuvres a été guidé par deux questions complémentaires : Tout d’abord,  comment la psychologie et la psychanalyse permettent-elles de lire ces textes ou ces oeuvres? Ensuite (et c’est la question qui me paraît la plus fondementale), en quoi ces oeuvres permettent-elles de poser un regard différent sur certaines questions abordées par la psychologie?

La bilbiothèque de Paradoxa se rêve donc comme un réservoir de métaphore, comme l’outil d’un décentrement. Nous espérons y trouver une aide dans la lutte contre le repli sur soi, repli qui constitue, selon nous, le cancer de la psychologie et de la psychanalyse.

Les choix que nous effectuons sont, bien sûr, extrêmement subjectifs. Loin de constituer une tentative de définition d’un corpus, ils espérent servir de support à la discussion et à l’expression de choix contradictoires.