Ouverture de la catégorie vidéothèque

Après la refonte du site, il y a de cela presque un an, la catégorie « vidéothèque » avait été « momentanément » supprimées. La plupart des vidéos étaient donc toujours en ligne mais ne pouvaient plus être visionnées. Cette erreur est à présent réparée avec la réouverture de la catégorie « vidéothèque« .

Vous y trouverez un point sur les questions de légalité en matière de streaming, des vidéos de quelques grandes figures de la psychanalyse, mais également des vidéos traitant de la psychiatrie, de la politique ou de la philosophie.

Notre objectif est de rassembler des liens vers les vidéos de psychologie les plus intéressantes et que l’on peut trouver en libre accès sur internet. En effet, ce travail de synthèse n’a, à notre connaissance, jamais été réalisé. N’hésitez donc pas à nous faire part des sites ou des vidéos sur youtube ou dailymotion qui vous ont intéressé.

 

La théorie de la troisième topique de Christophe Dejours

Cet article est une brève présentation de la théorie de la troisième topique de Christophe Dejours.

Le modèle d’une troisième topique (ou topique du clivage) est venu de la confrontation à des problèmes cliniques rencontrés en psychosomatique, que la théorie de Fain et Marty ne permettait pas d’expliquer. Ainsi, ce premier modèle ne semble pas satisfaisant pour interpréter les cas de décompensation somatique survenant chez certains patients psychotiques, ni chez des sujets possédant de bonnes qualités de souplesse et de stabilité au niveau de l’organisation psychique. L’investigation clinique conduit Christophe Dejours à affirmer que n’importe quel sujet pourrait être victime d’une décompensation psychosomatique. La vulnérabilité à la décompensation somatique existerait chez tout le monde sans exception.

La théorie de la troisième topique (Dejours, Le corps entre biologie et psychanalyse, 1986) avance que la santé physique ne repose pas essentiellement sur l’organisation psychonévrotique de la personnalité (comme le défendent Fain et Marty), mais sur la stabilité d’un clivage (la troisième topique est une topique du clivage) qui se prolonge jusque dans l’inconscient entre deux secteurs : un secteur où l’inconscient est sexuel et refoulé (l’inconscient dynamique) et un secteur dont la formation passe par un processus différent du refoulement, appelé inconscient amential (ou inconscient enclavé dans la théorie de Jean Laplanche).

Cette forme de l’inconscient prend naissance dans les échecs de « traduction » (cf. la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche) du message que l’adulte adresse à l’enfant. En effet, les messages énigmatiques que l’adulte adresse à l’enfant sous diverses formes nécessitent invariablement une traduction de la part de ce dernier. Seulement, lorsque le message de l’adulte passe par la violence éxercée sur le corps de l’enfant (violence physique ou viol sexuel) ce dernier, alors surchargé par l’excitation, n’est plus en état de penser, ni de traduire, ce qui se produit en lui. Faute de traduction, il ne peut y avoir de place pour le refoulement stricto sensu. À la place de l’inconscient sexuel se forme ici du non-refoulé : l’inconscient amential.

L’inconscient amential est maintenu en respect par une chape solidement constituée de pensées d’emprunt, non personnalisées, données de l’extérieur par le sens commun et l’imaginaire social, déposées dans le système conscient. Contrairement à l’inconscient dynamique, il ne se fait pas connaître par un retour du refoulé. Lorsqu’il se manifeste il provoque une rupture de continuité du moi sous la forme cardinale de la perte de contact avec son propre corps. L’inconscient amential ne fait irruption que s’il y a une déstabilisation du clivage. Cette dernière se manifeste par une angoisse typique, sous la forme d’une sensation de glissement atroce dans un gouffre sans fond (angoisse de décrocher, Dejours, 2006). Si ce mouvement ne s’interrompt pas, il projette le sujet dans l’expérience du chaos ou de la destructuration « amentiale » du moi (au sens de Meynert, c’est-à-dire d’une confusion mentale où toute possibilité de liaison psychique à disparu).

Mais, dans l’imminence d’une déstabilisation du clivage, c’est-à-dire d’une crise, certains patients trouvent une « issue somatique » qui permet d’enrayer la destructuration du moi. À la place d’une perte de contact avec le corps survient alors une décompensation somatique. Cette dernière fonctionne comme une solution conservatrice pour le moi et la topique, pendant que le corps subi de son côté les détériorations.

La théorie de la troisième topique de Christophe Dejours se présente aujourd’hui comme une alternative valable à la théorie de Marty et Fain dans l’interprétation des décompensations psychosomatiques.  Elle permet par ailleurs de rouvrir la question tant controversée du « choix de l’organe » en psychosomatique.

 

Le corps retrouvé, Pierre Delion. – par J-L. Vannier

Le corps retrouvé, Franchir le tabou du corps en psychiatrie, Pierre Delion, Hermann Psychanalyse, 2010.


Un de mes patients, taciturne et plutôt silencieux, se fit un jour piquer en séance sur la main par un moustique « tigre » niçois. Jusqu’alors immobile, son corps plus tétanisé qu’au repos sur le divan, l’analysant se mit soudainement à bouger et à gratter là où une rougeur instantanée était apparue. Il dit : « lui, au moins, il sait ce qu’il est venu chercher ! ».

Il faut lire le passionnant opuscule, publié chez Hermann, que Pierre Delion consacre aux relations du corps avec la psyché. Le titre en est des plus explicites : « franchir le tabou du corps en psychiatrie ». Armé de ses quarante années de clinique, ce professeur de pédopsychiatrie à la Faculté de médecine de Lille et psychanalyste peut légitimement témoigner de sa pratique à restaurer la « continuité corporopsychique ». Rappel d’un « détour » par le corps d’autant plus impressionnant et utile que ce dernier, souvent marqué par un dédain thérapeutique qui se place sous l’empire de l’intellectualisme et de « l’inflation idéelle », refait surface dans le transfert et dans la cure : « moi corporel » de Sigmund Freud évoqué dans « Le moi et le ça » de 1923, « perte du contact avec le corps », élément de souffrance pour D. W. Winnicott, « délimitation du corps » dans le transfert des psychotiques pour Jean Oury, « Moi-peau » pour Didier Anzieu, « Moi-odorat » ou « Moi-respiratoire » pour Joyce Mac Dougall, « image inconsciente du corps » de Françoise Dolto. Jusqu’à la formule de Jacques Lacan : « l’acte manqué est un discours réussi ». Comment, semble s’interroger Pierre Delion, avons-nous pu oublier tant de maîtres et de prédécesseurs, tous animés dans leur travail quotidien par ce contact avec le corps ? Pourquoi avoir perdu cette « clé de la rencontre interpersonnelle » pour reprendre l’expression de Jacques Schotte auquel l’auteur rend un hommage appuyé pour une vie consacrée à l’anthropopsychiatrie  (voir aussi : Jean-Louis Feys, « L’anthropopsychiatrie de Jacques Schotte, Hermann Psychanalyse, 2010, Ouvrage lauréat du Prix de l’Evolution psychiatrique 2009).

 

Si le chef du service de pédopsychiatrie du CHRU de Lille revient à la fin de son livre sur la méthode du « packing », on lira avec davantage d’intérêt, les quatre pages consacrées à « la télévision et les bébés » : brève mais percutante réflexion de l’auteur sur les conséquences pour le tout-petit de « l’allaitement télévisuel » en lieu et place de « l’allaitement maternel ». En conclusion, l’auteur se félicite des « retrouvailles », déjà soulignées par ailleurs, entre neuroscientifiques et psychopathologues (http://paradoxa1856.wordpress.com/2010/10/14/le-souci-de-lhumain-un-defi-pour-la-psychiatrie-colette-chiland-et-al-par-j-l-vannier/) qui permettront, s’il en était encore besoin, de prouver que la psychiatrie sans corps est « une illusion fumeuse ».

 

Nice, le 4 novembre 2010

Jean-Luc Vannier