Spellbound : le rêve vu par Dali

Spellbound est un film réalisé par Alfred Hitchcock en 1945. La séquence du rêve réalisée par Salvador Dali est une scène restée célèbre en ce qu’elle symbolise les chemins parrallèles empruntés par la psychanalyse et le surréalisme.

Michel Onfray et la folie

A la suite de mon précédent article sur Michel Onfray, j’ai continué de lire les très nombreux articles qui se publiaient à ce sujet et les nombreux débats auxquels le philosophe prenait part. Une remarque sur le forum Digression m’a paru éclairer la position de M.Onfray. L’auteur remarque qu’il y a deux Onfray : D’un côté, un penseur posé, à l’esprit fin et complexe, dont le goût du débat est d’abord un goût de la réflexion. Son ouvrage, s’inspirant très largement du Livre noir de la psychanalyse, s’inscrit, dans ses grandes lignes, dans cette tendance. A l’inverse, il existe un autre Onfray, débatteur féroce, excessif, pour qui tout argument semble bon du moment qu’il fait taire l’adversaire. Il m’apparaît alors entièrement mu par ses sentiments (par quelque chose comme une colère débordante). 

Michel Onfray, comme tout humain qui se respecte, a des peurs, des angoisses, des sujets qui le touchent plus ou moins. Rien là que de très normal. Et il n’y aurait rien de surprenant à ce que ses peurs viennent obscurcir sa pensée et tordre le fil de son discours. 

Tableau sur la folie

Plus particulièrement, il semble avoir peur, mais alors très peur, de la folie. Comment comprendre autrement le mépris dans lequel il tient les fous, les « félés » qu’il semble tenir pour responsables moralement de leurs propres félures? En témoigne ce dialogue entre Nicole Garcia, réalisatrice du film « L’Adversaire », et Michel Onfray :

« 

Nicole Garcia : J’ai invité Michel Onfray, sans le connaître, mais sachant qu’il menait l’aventure de l’université populaire de Caen, à assister à une projection de L’Adversaire, le film que j’ai réalisé à partir du livre d’Emmanuel Carrère et de l’« affaire Romand » (2). A la sortie de la projection, Michel Onfray m’a dit que ce personnage joué par Daniel Auteuil était un fêlé, un « délinquant relationnel ». Ce qui m’a plongée dans la perplexité.

Michel Onfray : Je n’étais pas et ne suis toujours pas fasciné par la figure d’un personnage fêlé, alors que vous, vous vous intéressez à la fêlure. L’idée de transformer en héros positif un pauvre type me rebute…

N. G. :
Il ne s’agit pas d’un héros positif mais d’un héros tragique. Ce que j’ai voulu montrer se situe au-delà du bien et du mal.

M. O. : Il n’empêche, je ne suis pas de ceux qui, dans la mouvance des Artaud ou Bataille, trouvent matière à fascination chez les fous, les pervers, les dérangés. L’éloge du schizo chez Deleuze ou du borderline chez tant d’autres ne m’a jamais attiré. Même chose avec ce Jean-Claude Romand. J’ai plutôt tendance à faire de la morale dans ces cas-là ! Personnellement, j’aime sortir d’un film en ayant eu l’occasion de penser, de réfléchir. Par exemple, comment devient-on Jean-Claude Romand ? C’est cette question qui m’intéresse. Et je ne suis pas sûr que votre film y réponde.

« 

Personnellement, la violence du vocabulaire « les félés » , « les fous, les pervers, les dérangés » m’a tristement surpris dans la bouche d’un penseur de cette qualité. Il me semble que le mépris qu’il affiche ici à l’égard de ce qui, dans l’homme, peut dévier du chemin de la normalité rationnelle vient éclairer ses prises de positions sur la psychanalyse.
Il ne s’agit pas pour moi de critiquer les arguments de Michel Onfray mais de réfléchir sur l’écart entre ses différents arguments. Parfois, il milite (comme sur France Culture) pour une psychanalyse se démarquant de l’héritage freudien et adopte une position très majoritairement partagée par les psychanalystes (notamment les kleiniens pour ne citer qu’eux). Parfois, il semble rejeter dans le même mouvement Freud, la psychanalyse et toute forme de thérapie non « scientifique » qu’il associe au travail du rebouteux.

Il me semble que l’écart entre ces deux postures que tout oppose tient dans cette haine du fou qui poind par instant dans le discours du philosophe.

Michel Onfray, la psychanalyse et la loi de Godwin

Caricature de Sigmund Freud

Dans son nouvel ouvrage, Le Crépuscule d’une idole, Michel Onfray critique la pensée de Sigmund Freud, reprenant dans leurs grandes lignes les thèses du Livre Noir de la psychanalyse. N’ayant pas encore lu son texte, je ne pourrais pas en dire grand chose et je me contenterai de quelques remarques sur son interview avec Franz-Olivier Giesbert.

Sachant combien la télévision et son goût pour le sensationnalisme fait dire n’importe quoi, je me garderais de rapporter au livre ce que Michel Onfray dit sur ce plateau. Mais il semble à première vue que le goût de la polémique, de la joute verbale et des excès ait quelque peu pris le pas sur la réflexion et la lecture critique du texte freudien.

Il apparaît donc que ce débat (comme nombre de débats par médias interposés) va se transformer en concours de dépassement du point Godwin. Le point Godwin, relatif à la très hypothètique loi de Godwin, correspond à ce moment de la discussion où les accusations portés contre ses adversaires deviennent excessives. Le plus souvent le point Godwin est atteint dès lors q’une comparaison avec le nazisme est effectuée. Dans le débat qui nous occupe, ce point est déjà largement franchi. Freud était nazi et pervers, pour Michel Onfray, Onfray est fasciste et réactionnaire pour Elisabeth Roudisnesco – qui démonte le livre de Michel Onfray avec une méticulosité tout à fait charmante.

Le dépassement du point Godwin témoignant du moment à partir duquel un débat perd une grande part de son intérêt, je me permettrais de ne pas y entrer plus avant.

Pour en savoir plus :

– Michel Onfray chez FOG

– L’article d’E.Roudinesco sur Michel Onfray

Un manuscrit inédit de Jacques Lacan : Phallus et Kiki

Les aléas de l’écriture et les linéaments des héritages nous ont permis de tenir entre nos mains un manuscrit inédit de Jacques Lacan intitulé Phallus et Kiki. C’est avec une grande joie que nous offrons la primeur de sa publication aux lecteurs de Paradoxa. 

  

Photo de Kiki le kiki de tous les kikis
Kiki, le kiki de tous les kikis

 

 

« Ce dont il me sera ici question de m’entretenir avec vous peut paraître, pour le regard de l’ignorant, émerger de la fange [ill. : consumériste?]. Ce serait oublier que le signifiant, quelque soient les détours qu’il emprunte, n’en finit pas de s’offrir à nous en tant que questionnement. 

Le ludisme simiesque qui nous occupera aujourd’hui se dit dans le redoublement enfantin d’une même syllabe : Ki-Ki. Distinct du zizi, dont le Z ne saurait résonner à nos oreilles autrement que comme le mot de la castration pénienne évoquée dans le S/Z barthésien, Kiki n’entretient pas d’analogie directe avec le pénis. En effet, le redoublement de la question du sujet (qui) enjoint le juvénil propriétaire du jouet à entrer dans le procès de ce qui, du sujet, est empoissé d’imaginaire. 

Ainis donc, le Kiki n’est pas pénien de ce fait qu’il pointe vers un ailleurs. Et la question d’affleurer à nos lèvres : Qu’est-il? Sa définition nous est offerte par le publisciste : Kiki est « le kiki de tous les kikis ». Il est cet attribut qui subsume toutes ses manifestations, ne se réduisant à aucune de ses actualisations. Fleur absente de tout bouquet, il est ce signifiant irréductible à tous signifié et dont il signe la perte originelle. Il est, comme mon enseignement vous l’a appris, organisateur de tous les signifiants en ce qu’il porte originairement l’absence. 

Kiki est le Phallus en ce qu’il émerge dans le babil de l’enfant. Remontant la chaîne signifiante nous trouvons donc, dans le nom de cet objet que d’aucuns appelleraient à tort transitionnel, le signifiant originel de celui qui fit si grand sens pour nous. Dès lors, Kiki, puisqu’il nous faut dès à présent nommer le Phallus le moins improprement possible, ouvre son possesseur au champ du signifiant. Mot de l’absence de la mère il la présentifie en tant qu’absente dans sa représentation consolante. Et Kiki de frayer au petit d’homme le chemin aléthique vers la cité humaine. » 

J.L.

Mon analyse avec le Professeur Freud, Anna G. -Par Jean Luc Vannier

 Couverture de Mon analyse avec Freud

 Mon analyse avec le Professeur Freud, Anna G., Ouvrage édité sous la direction d’Anna Koellreuter, Aubier Psychanalyse, 2010.

 

Fouillant par hasard dans son grenier, une psychanalyste découvre des lettres de sa grand-mère, psychiatre au célèbre Burghölzli, lesquelles évoquent son analyse avec Sigmund Freud. Docteur en philosophie et analyste à Zürich, Anna Koellreuter a préféré s’en remettre à des confrères européens en leur confiant la correspondance avec sa famille de son ancêtre. En 1921, celle-ci décide de s’installer à Vienne : elle s’allongera quelques mois sur le divan du fondateur de la psychanalyse. Précédé d’une courte introduction de l’auteur, puis d’une traduction du texte original, édité par Ernst Falzeder, l’ouvrage rassemble neuf contributions.  

Composé de deux cahiers d’écolier qui témoignent des différents aspects de la pratique freudienne, ce journal ne contient aucune révélation exceptionnelle. Leur seul et véritable mérite consiste à confirmer ce que l’on savait déjà mais que certains des commentateurs feignent étonnamment de découvrir : Freud est, pour son époque, un homme largement dénué de préjugés et qui n’a de cesse d’adapter ses constructions théoriques aux découvertes quotidiennement suggérées par sa clinique. Lors d’une cure courte mais intensive, soit tous les jours de la semaine pendant plusieurs mois, il intervient volontiers en séance : un moyen de rappeler aux analystes contemporains que l’interprétation verbalisée constitue l’essence même de l’acte analytique. Sans oublier le transfert ! Comment comprendre sinon cette note de la patiente : « la présence de Freud dans la même pièce était plus importante que ce qu’il pouvait lui dire ».  

Si surprise il y a, elle émane surtout des exégèses réalisées sur ces courriers. Malgré l’annonce, réitérée en tête de chapitre par chacun des cliniciens, d’une nécessaire prudence sur le traitement à réserver à ces « impressions », leurs réflexions ne s’embarrassent guère de précautions pour « évaluer » le travail de Freud. Difficile, par exemple, de ne pas interroger les déconcertantes vérités d’évidence d’André Haynal sur le fait que « Freud poursuivit son auto-analyse à l’aide du matériel psychique que lui apportaient ses patients ». Aucun praticien digne de ce nom ne pourrait en effet contester cette idée. L’auteur récidive un peu plus loin : son « travail interprétatif était fortement déterminé par ses conceptions ». Une observation inutile sauf à rejeter la psychanalyse en dehors des sciences de l’homme. On rangera dans la même veine l’approche plutôt dogmatique d’Ulrike May sur les « éléments non analytiques dans la pratique de Freud » : le fait d’afficher ses préférences artistiques ou ses goûts littéraires comporte chez elle le risque de gratification narcissique. Une critique qui révèle plutôt la difficulté contre-transférentielle de l’analyste à se laisser appréhender par son patient. Au fil des pages, le lecteur rencontrera ainsi d’autres incongruités du même acabit. Ernst Falzeder peut ainsi affirmer sans rire : « Freud n’a jamais écrit une étude récapitulative consacrée à la technique analytique ». Et ce spécialiste de l’histoire freudienne de regretter l’absence de « règles qui n’étaient que des conseils ». Et de conclure : « on dirait presque que ces écarts étaient chez lui la norme et non pas l’exception ». N’en déplaise à la pruderie analytique helvète, et sans oser revendiquer un jusqu’au-boutisme « lacano-saussurien » sur l’arbitraire du signe, le cœur en fusion de la psychanalyse ne se situe-t-il pas justement dans cet « écart » fondamental ?

« La thématique sexuelle est présente dans des proportions auxquelles nous ne sommes pas généralement habitués aujourd’hui de la part de nos analysants » s’étonne également Pierre Passett, au risque probablement d’avoir confondu psychanalyse et pâtisserie ! Et ce, malgré les excellents développements du même auteur -une des meilleures élaborations avec celle, historique, de Karl Fallend- sur « l’intérêt émotionnel que se portent les deux partenaires dans le dialogue analytique » ou « la relation de curiosité » que le praticien se doit « d’entretenir avec son propre savoir ».

Reste le texte intéressant mais parfois non dénué de confusion de Thomas Aichhorn. A moins qu’il ne s’agisse d’un effet de la traduction, son passage sur le « renoncement pulsionnel » manque de clarté. Il tend à justifier l’abstinence sexuelle recommandée par Freud à sa patiente par le fait que ce dernier avait « discerné une incompatibilité entre la sexualité et le développement humain vers l’état de civilisation ». Au risque de présenter Freud comme un farouche adversaire de la sexualité en général. L’auteur étaye certes sa démonstration sur la théorie de la séduction généralisée du professeur Laplanche qui décrypte la part énigmatique de la sexualité infantile, incompatible avec le difficile équilibre recherché par l’adulte. Mais cette « incompatibilité entre sexualité et développement humain » auquel Thomas Aichhorn fait référence, aurait trouvé meilleur éclairage dans la mise en évidence, par le texte de Freud « Psychologie de la vie amoureuse » de 1912,  que « quelque chose dans la nature même de la pulsion sexuelle n’est pas favorable à la réalisation de la jouissance ». /.

Nice, le 10 avril 2010

Jean-Luc Vannier

 

Expériences de la douleur, Entre destruction et renaissance, David Le Breton. -Par J.L. Vannier

 

Couverture du livre Expérience de la douleur

L’absolu du mot contre l’intensité de la douleur. Professeur de sociologie à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, David Le Breton, auteur d’une trentaine d’essais toujours aussi passionnants, nous entraîne, une fois encore, dans un univers littéraire particulier afin de nous permettre d’appréhender les ressorts les plus énigmatiques de la souffrance humaine. Son approche des « Expériences de la douleur » parues aux Editions Métailié, s’accompagne d’une exploitation minutieuse, raffinée mais point académique, d’un dire issu du quotidien et dont l’usage suggère au lecteur une voix d’accès intelligible, par surcroît inattendue, à la compréhension de ses propres maux. S’il prolonge le célèbre « Anthropologie de la douleur » (1995, rééd. 2005), cet ouvrage nous rappelle également cette fascination maîtrisée et exigeante de l’auteur pour la variation extrême des « ressentis individuels », à même de cerner les raisons pour lesquelles les souffrances signifient douleur chez les uns, plaisir chez les autres. Dans sa relation au corps, marquée justement par le « privilège tragique de la douleur », l’homme redevient singulier, unique. D’où un « indicible intime » de la souffrance lequel « contamine » néanmoins l’ensemble du rapport au monde de l’individu.

De la douleur « ambiguë » de l’accouchement qui donne la vie à la pratique perverse de la torture qui sème la mort, des opérations initiatiques de tatouage aux rencontres hautement scénarisées du sado-masochisme, des traces physiques laissées sur la peau à l’image des phénomènes de violence conjugale, de l’expression parfois insoutenable du Body Art et des scarifications adolescentes, aux sournois tourments du psychisme responsables d’inexplicables conduites à risque, de la douleur vécue comme une extase à celle qui crée du lien social, de celle qui supplée au déficit du langage à celle qui hurle le silence intérieur, David Le Breton ne laisse rien passer : ce fin limier du « déchiffrement » de la blessure n’écarte aucun indice ténu susceptible d’éclairer les origines mystérieuses, les manifestations imprévisibles et les métamorphoses spectaculaires de la souffrance, définie comme le « degré de pénibilité de la douleur ».

S’il ne pratique pas le mélange des genres, cet éminent membre de l’Institut universitaire de France et du Laboratoire URA-CNRS « Cultures et sociétés en Europe » nourrit ses recherches aussi bien de la philosophie, citant au passage Eschyle, que de l’histoire. Mais c’est le plus souvent dans les ressources offertes par la psychanalyse, et autant que l’extension du périmètre anthropologique l’y autorise, qu’il puise nombre de ses réflexions : le symptôme, reconnaît l’auteur, devient souvent « langage ». Aux confins de l’observation et de la cure, aux frontières du « sens » et du « meurtre de la chose », la puissance du mot devient la clé qui ouvre sur une immense cour humaine et désespérée des miracles, fréquentée assidûment par les deux disciplines. /.

Nice, le 7 avril 2010

Jean-Luc Vannier

The Shock Doctrine

The Shock Doctrine est un documentaire inspiré du bestseller de même nom écrit par la journaliste américaine Naomi Klein.

La thèse de l’auteure est basée sur une une analogie – sur certains points discutable – entre  d’un côté les expériences de privation sensorielle conduites dans l’après guerre par des chercheurs et les états de choc psychologique quelles induisent sur les individus, de l’autre côté les grandes catastrophes sociales ou naturelles (guerres, tsunamis, attentats terroristes…) et les états de choc quelles peuvent provoquer chez des sociétés toutes entières. Selon Naomi Klein, ces états de choc, moments de vulnérabilité extrême, seraient utilisés par les gouvernements impérialistes pour mettre en place des politiques néo-libérales aux effets sociaux désastreux.

Par la suite, à travers une analyse extrêmement détaillée d’évènements historiques précis (coup d’État chilien et prise de pouvoir par Pinochet, attentats du 11 septembre, invasion de l’Irak par les EUA entre autres), l’auteure dénonce le mythe selon lequel le modèle économique du « marché libre » et les politiques néolibérales se seraient propagés de façon démocratique.

Ce capitalisme du désastre a utilisé de façon stratégique les moments de crise pour instaurer des mesures politiques et conduire des réformes qui bénéficient à une petite minorité, au détriment d’une majorité de plus en plus pauvre.

The Shock Doctrine révèle de façon particulièrement frappante les stratégies de désinformation et de domination menées par les grands états capitalistes et s’impose de cette façon comme un documentaire à portée politique cruciale.

Vous pouvez avoir des informations supplémentaires sur l’ouvrage et sur l’auteure ici.

Un court extrait du film est aussi disponible:

Marco Decorpeliada – Schizomètres. Par Pierre Gaudriault

 

 Cet article a été rédigé par Pierre Gaudriault, pyschologue clinicien, auteur de nombreux articles et recherches notamment sur les tests projectifs et sur les troubles du comportement alimentaire.

Ca commence par une sombre histoire psychiatrique. Marco Decorpeliada est né en 1947 à Tanger, il est le fils d’un immigré italien, géomètre de formation. En 1975, à la mort de son père, il vient s’installer avec sa mère et ses deux sœurs chez ses grands-parents à Ozoir-La-Ferrière. Il perd sa mère en 1995. Il traverse alors une période d’errance pendant laquelle il fait plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. Il n’aura de cesse de savoir quel est son diagnostic. En 2004, il rencontre le Dr Sven Legrand qui l’encourage dans ses recherches tout en l’incitant à fréquenter les expositions d’art brut. Il mourra en 2006 en Amazonie Colombienne dans un accident d’avion, sans peut-être avoir jamais eu de réponse à sa question.

Et pourtant, il aura souvent été étiqueté à partir du DSMIV, qui est le système international de classification des troubles mentaux. Or un jour, il découvre que les produits Picard surgelés possèdent aussi des codes qui sont semblable à ceux du DSM. Par exemple, le code 12 correspond à l’intoxication au cannabis et au riz samossas aux crevettes ; le code 60.3 correspond à la personnalité borderline et aux petits pois-carottes. C’est alors qu’il va avoir l’idée du schizomètre, instrument qui permet de mettre en équation les diagnostics du DSM et les produits Picard.  Peu à peu, il va multiplier les rapprochements avec d’autres classifications, celle de Dewey pour l’ensemble des savoirs scientifiques, , celle des cent un films à voir, celle des mille et une nuits, etc. Ainsi le code 402 est celui des phobies spécifiques aussi bien que du conte du maître d’école amoureux.

A cette époque, il est régulièrement suivi en psychothérapie de groupe. Le Dr Legrand lui conseille de ne pas trop insister sur les classifications. C’est alors qu’il  a une nouvelle révélation : en tentant de rapprocher les codes des coquilles St-Jacques à ceux équivalents des troubles mentaux, il se rend compte que certains de ces codes ne se retrouvent pas dans le DSM. Stupeur ! Ainsi la classification Picard est plus complète de celle du DSM. Il va alors postuler l’existence de troubles mentaux manquants, de « troublants trous blancs » qu’il va faire figurer sur des tableaux comparatifs, habilement reproduits sur des portes de réfrigérateurs.  De fait, le DSM est beaucoup moins complet que Picard puisqu’il ne comporte que 307 codes, ce qui le met cependant en correspondance avec les 307 œuvres de Bach, le nombre de rues à Ozoir-la-Ferrière et celui des citations latines dans les pages roses du Larousse.

Tous les instruments confectionnés par Decorpeliada qui permettent d’établir ces correspondances édifiantes sont fort bien exposées au sous-sol de la Maison Rouge[1]. On y voit aussi une femme élégante dont il ne reste que le squelette et les atours chatoyants, elle tient dans ses phalanges, d’un côté un sac Picard et de l’autre un DSM serré sur ce qui lui reste de cage thoracique. Notre homme explique dans son « Petit manuel de survie » qu’il a confectionné ce pantin après avoir commis un lapsus clavieri qui lui a fait écrire « calcification » au lieu de « classification ». L’exposition se termine par une vidéo dans laquelle Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge, raconte comment et pourquoi il a accepté de la présenter. Ne manquez pas cette explication qui apporte un éclairage complémentaire à l’œuvre de Decorpeliada.

J’ai visité l’exposition le 1er avril 2010. Elle était suivie d’un exposé-débat en présence de cinq compères qui ont disserté sur ce qu’on pouvait faire avec le DSM, sur la mesure en psychiatrie, sur la structure et la suppléance en psychanalyse et sur l’Oulipo (Marcel Bénabou, un des membres fondateurs de l’Oulipou étant également un des organisateurs de l’exposition). Intéressant, mais pas toujours convainquant. Disons que ces gens-là ont eu des rapports étroits avec l’entreprise de Marco Decorpeliada  mais n’ont pas pour autant ce soir-là éclairci le rapport entre humour et délire, entre l’imaginaire et la persécution des signes. Enfin, la différence entre classification et mesure n’a pas été abordée. Il existe dans la pratique psychiatriques des schizomètres encore plus redoutables que le DSM et qui prétendent mesurer la folie d’une façon continue (la BPRS par exemple). Si Decorpeliada vivait encore, il pourrait utilement comparer la mesure de l’angoisse à celle de la taille des réfrigérateurs…

 

Pierre Gaudriault

 


[1] La Maison Rouge. 10, bd de la Bastille – 75012 Paris (métro : Quai de la Rapée ou Bastille). Exposition du 18 février au 16 mai 2010.

Les ressources documentaires en psychanalyse et psychologie sur internet

A première vue, on pourrait croire qu’internet est une sorte de vaste désert de la psychanalyse (c’est moins vrai pour le reste de la psychologie). Après enquête, il s’agit moins d’un désert que d’une jungle. En effet, il existe d’assez nombreux sites proposant des documents qui peuvent se révéler très utiles mais les débusquer est une véritable gageure.

J’ai donc essayé de répertorier tous les sites qui me paraissent utiles lorsque l’on fait une recherche sur internet. Je ne parlerai pas ici des sites ou des blogs sur la psychanalyse ou la psychologie qui sont déjà répertoriés dans la rubrique lien mais des sites proposants des ressources documentaires en langue française.

tableau livres

1/ Ouvrages classiques disponibles sur internet

– UQAC : université du Québec à Chiccoutimi 

La plus grande ressources francophone de textes en ligne que je connaisse. Ils ont notamment des textes de Sigmund Freud, Alfred Adler, Otto Rank, Georg Groddek, Gaston Bachelard. Voir directement les textes disponibles

Les traductions de Freud ont été effectuées par des bénévoles et sont donc accessibles librement (puisque les oeuvres de Freud sont tombées récemment dans le domaine public..). 

– Gagooa :

Ce site propose en téléchargement une grande partie des séminaires de Lacan. Le site n’est franchement pas pratique par contre, sa base de ressource documentaire est assez impressionnante.

– Gallica:

La bibliothèque numérique en langue française. De nombreux documents mais souvent payants. A noter toutefois : la revue française de psychanalyse est disponible en intégralité et gratuitement (de 1927 à 2000).

2/ Revues en ligne

– Cairn:

La bible des sites de recherche documentaire. 48 revues disponibles en psychologie (sans compter le reste des revues en sciences sociales), la possibilité de rechercher par mots-clefs à l’intérieur des articles ce qui est impossible dans une bibliothèque normale, bref une mine d’or pour toute recherche en psychologie. Il faut une carte d’étudiant pour avoir acces à tout le catalogue car sinon tous les articles ne sont pas en libre acces et il vous faudra débourser quelques euros pour accéder à certains d’entre eux.

Voici quelques-unes des revues disponibles :

Adolescence, Cahiers de Gestalt-thérapie, Le Carnet PSY, Champ psychosomatique, Le Coq-héron, L’en-je lacanien, Enfance, Gérontologie et société, Journal français de psychiatrie, La lettre de l’enfance et de l’adolescence, Nouvelle revue de psychosociologie, La psychiatrie de l’enfant, Psychothérapies, Psychotropes, Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, Revue française de psychanalyse, Revue française de psychosomatique, Revue internationale de Psychosociologie, La revue lacanienne, Thérapie Familiale, Travailler…

 

3/ Vidéos en ligne

Université de tous les savoirs:

De nombreux documents vidéos en français. Pour ce qui est de la psychologie, il y a surtout des conférences sur la neuropsychologie et le cognitivisme.

 

4/ Les bibliothèques sur Paris

-bibliothèques spécialisées:

La bibliothèque de Paris V (Henri Piéron):

A ma connaissance la plus grande bibliothèque de psychologie sur Paris. Les ouvrages sont en libre accès sur place, il faut une carte d’étudiant pour pouvoir emprunter. Elle est fermée le dimanche et partiellement fermée pendant les vacances scolaires.

– La bibliothèque Sigmund Freud:

Bibliothèque de la SPP, la bibliothèque Sigmund Freud est payante. Centrée sur les textes de psychanalyse, elle possède tout de même 20000 ouvrages. Elle est fermée le lundi.

bibliothèques généralistes:

La biblothèque de Beaubourg (BPI):

De nombreux ouvrages en libre accès, pas de possibilité d’emprunt mais l’entrée est gratuite et la bibliothèque ouvre jusqu’à 22 heures. Comptez, par contre, une heure d’attente minimum lors des périodes d’examen. Une précision : c’est fermé le mardi.

BNF:

Là encore, de nombreux ouvrages en libre accès, pas de possibilité d’emprunt et l’entrée est payante. Par contre il y a un peu moins de monde qu’à Beaubourg et, pour les chercheurs, de nombreux textes originaux sont disponibles (mais il faut montrer patte blanche pour les approcher à moins de 10mètres..). Fermée le lundi.