Sur le suicide au travail II

Vous pouvez consulter la première partie de cet article ici.

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Le discours du patronat

Le discours des instances patronales concernant les suicides perpétrés sur les lieux de travail privilégie les approches individualistes du suicide qui se focalisent sur les fragilités individuelles. Ainsi, la causalité est à chaque fois attribuée aux difficultés familiales et personnelles des victimes, sans jamais engager la responsabilité de l’organisation du travail dans la survenue des décompensations et actes suicidaires. De la malheureuse phrase de M.Lombard (PDG de France Télécom) à propos de la « mode des suicides », aux discours que l’on entend quotidiennement concernant la fragilité de ceux qui se suicident, il semble qu’à chaque  fois la hiérarchie élude son implication dans les décès. Le lien entre les modes de management et les nouvelles formes d’organisation du travail et les suicides qui apparaissent sur le lieu de travail n’est jamais fait.

La question des medias

On l’a déjà dit au début de cet article, les medias ont fait une place considérable à la question de la souffrance au travail et notamment au thème du suicide au cours des derniers mois (il en était temps!). Bien entendu il est d’une importance cruciale de porter cette question au sein de l’espace public, de façon à ce que puisse s’engager le débat sur la souffrance et ses causes dans le monde du travail. Effectivement, il me semble qu’il est important de divulguer et de laisser s’affronter les diverses thèses scientifiques qui s’opposent sur la question au sein d’un espace élargi qui ne se résume pas uniquement aux milieux de spécialistes.

Néanmoins, on peut se demander s’il  n’existe pas un risque réel de provoquer, par cette médiatisation du phénomène des suicides, un effet « déclencheur » ou facilitateur, qui pourrait provoquer une nouvelle vague de suicides (au cas où il serait légitime de parler de « vague » de suicides)? Serait-on, par la divulgation et par le débat public, à l’origine de nouveaux décès (et cela sans préjuger par ailleurs de la nécessité de ce débat)?

Vision de la psychiatrie : Orange mécanique

Voici un extrait du film de S.Kubrick, Orange mécanique, que je trouve tout à fait intéressant. On y voit les psychiatres tenter d’inculquer un sens moral à leur sujet, enfant sadique dans un corps d’adulte. Kubrik nous décrit la normalisation forcée des inadaptés et le dressage surmoïque opéré par la société. La représentation d’une psychiatrie déshumanisée, calfeutrée derrière son jargon,  bien qu’elle relève du fantasme cinématographique, me semble donner à réfléchir au spectateur du XXIe siècle.

Il est à noter que la musique qui accompagne cet extrait est celle de Requiem for a dream, film particulièrment saisissant, qui traite de l’aliénation et de la dépendance. Je trouve qu’elle amplifie le pessimisme et le tragique de la scène.