Syndicat pouet-pouet : la défaite en chantant !

À la veille d’une nouvelle grande mobilisation sociale, l’équipe de paradoxa a décidé de vous présenter une des nouvelles forces contestataires, qui va sûrement rassembler sous sa bannière un grand nombre de manifestants : le Syndicat pouet-pouet!

Ils se présentent ainsi sur leur site :

« Nous sommes un groupe d’amis mobilisés le 29 janvier dernier, qui en a conclu que les grèves d’un jour ne suffisaient pas à faire craquer le pouvoir actuel, aussi solide que déterminé. Nous sommes des individus engagés contre la politique du gouvernement, qui souffrent des réformes “libéralicides”, des lois liberticides et du comportement idioticide de leur petit président. Nous sommes des citoyens, encartés ou non dans des associations, syndicats et partis politiques. Certains participent au Comité de Résistance Citoyenne ou au Conseil national de la Résistance. Nous avons des expériences multiples, des milieux sociaux différents et des âges divers… Notre point commun est de ne jamais baisser les bras. Ça tombe bien, puisque paraît-il, le printemps “sera chaud”.

Nous avons eu une idée et nous voulons vous la faire partager. Pour pousser les syndicats et les travailleurs à la reconduction de la grève, prenons le parti d’en rire ! Le 19 mars prochain, lors de la nouvelle journée de grève générale, défilons sous les bannières du “Syndicat Pouet-Pouet”, pour demander avec ironie la non-reconduction immédiate de la grève. Peut-être que l’humour sera plus efficace que le sérieux, auprès des manifestants comme des médias. Nous n’avons rien à perdre et tout à y gagner, faisons-le dans la bonne humeur, montrons que nous ne sommes pas abattus mais debout dans la rue ! »

Allons manifester avec le Syndicat pouet-pouet!


Requiem for a dream ou la pathologie de la norme

Requiem for a dream est un grand film à de nombreux égards et s’offre à de multiples lectures. Un point en particulier a retenu mon attention : l’explicitation du lien entre une pathologie et la manière dont une société perçoit l’homme et le monde.

Requiem for a dream (appelons-le RfaD pour plus de simplicité) décrit un monde sans Dieu. Aucun personnage, par exemple, n’a peur d’aller en Enfer, ce n’est pas le propos du film, ce n’est d’ailleurs pas le propos de grand monde depuis longtemps. RfaD bâtit également l’image d’un monde déterministe. Les séquences de « shoot » montrent bien la chaine de causalité entre le produit, son injection et sa montée au cerveau: les pupilles du personnage se dilatent et ses yeux, loin d’être le « miroir de l’âme », ne sont que les indicateurs des effets de la substance sur la machinerie du cerveau.

Dans le monde décrit par RfaD, la morale et la culpabilité existent, en témoigne la culpabilité du héros conscient d’entraîner son amie en enfer. Néanmoins, ce ne sont pas ces « valeurs » (disons plutôt ces manifestations du Surmoi) qui organisent la vie des personnages. Si on prend, par exemple, le personnage de la mère, ce qui donne sens à son existence, ce qui fonde ses angoisses, c’est la recherche d’une image (elle, dans sa robe rouge passant dans son émission fétiche). C’est ainsi cette image qui la réconforte et lui permet de s’endormir en chien de fusil lors de la dernière scène du film. C’est pour essayer d’atteindre cette même image qu’elle commence à se droguer. Or cette image, ce petit scénario fantasmatique est une expression de la norme (elle est une bonne mère que ses amies envient, son fils ne se drogue pas, il réussit ses études et son père serait fier de lui). Il n’est pas, d’abord, un fantasme personnel. Au contraire, il est l’expression de ce « on » que représente la télé, fenêtre sur un extérieur normatif. Ainsi, le problème de cette femme -mais également, me semble-t-il, de tous les personnages – est d’ordre normatif non d’ordre moral. Dans RfaD, la norme apparaît comme plus structurante et plus fondamentale que la loi.

Or, et c’est le point, qui m’intéresse, ce monde normatif est également un monde de toxicos. Les personnages y sont tous dépendants de quelque chose (qu’il s’agisse de la télévision ou de la cocaïne). La drogue y court-circuite la pensée et permet de créer, synthétiquement, cette image qui organise la vie des personnages. En ce sens elle est bien l’expression pathologique d’une société de la norme : pour accéder à l’image normée, les personnages ont recours au produit. En ce sens, ce film est celui d’un monde structuré autour de l’image et non du devoir moral. Dans ce monde nouveau, le malade n’est plus le névrosé qui se punit de ne pas respecter la morale, mais le toxico qui se défonce pour atteindre une image qu’il rêve d’être.

 

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