Les nouvelles formes d’organisation du travail

Cet article est une synthèse basée sur les travaux de Christophe Dejours

Depuis les premiers travaux en psychopathologie du travail, de nombreux changements sociaux et politiques sont survenus, changements qui ont affecté en grande partie le monde du travail, notamment les formes d’organisation du travail. Par organisation du travail nous désignons la division du travail, le contenu de la tâche, le système hiérarchique, les modalités du commandement, les relations de pouvoir, les questions de responsabilité, etc…

Aujourd’hui, grâce aux concepts et aux méthodes de la psychodynamique du travail, on parvient à une description et à une analyse particulière de ces nouvelles formes d’organisation du travail.

 

La peur et la précarisation

Les travaux de la psychodynamique du travail ont révélé comme conséquence majeure des nouvelles formes d’organisation du travail l’apparition de la peur. En effet, du fait de la précarisation croissante que connaît le monde du travail, les travailleurs vivent constamment sous la menace du licenciement. Les variations de la production étant aujourd’hui assumées par des emplois précaires (intérim, CDD, Contret emploi-solidarité), c’est l’emploi stable qui est à son tour précarisé par la possibilité de recours aux contrats précaires. Ceci modifie de façon fondamentale le vécu et les conduites de l’ensemble de ceux qui travaillent.

Le premier effet de la précarisation est l’intensification du travail qui conduit à l’augmentation de la souffrance subjective.

Le deuxième effet c’est la neutralisation des possibilités de mobilisation collective contre la souffrance, la domination et l’aliénation.

La troisième conséquence c’est la stratégie défensive du silence, car chacun doit se préoccuper de “tenir”. Aussi convient-il, pour résister, de dénier la souffrance d’autrui et de garder la sienne sous silence.

Enfin, le dernier effet de la menace de licenciement est l’individualisme, le chacun pour soi. À partir d’un certain niveau de souffrance, les enjeux de survie individuelle brisent la solidarité et la coopération.

 

L’évaluation

L’évaluation individualisée des performances a été rendue possible ces dernières années par le suivi informatisé de l’activité, qui permet le suivi individualisé de chaque opérateur. Il faut dire que ce contrôle n’est pas passif, puisqu’il nécessite la collaboration du travailleur, qui doit continuellement saisir les données sur son activité dans l’ordinateur. L’auto-contrôle en est la forme achevée, qui est déjà répandue aujourd’hui dans l’industrie et les services.

L’évaluation individualisée conduit à la mise en concurrence généralisée entre travailleurs, voire entre services dans une même entreprise, entre filiales, succursales…Cette concurrence, associée à la menace de licenciement conduit à une transformation en profondeur des rapports du travail. L’individualisation peut dérivé vers le chacun pour soi, la concurrence pouvant aller jusqu’aux conduites déloyales entre collègues, la méfiance s’installant entre les individus. Le résultat final de cette évaluation est principalement la déstructuration en profondeur de la confiance, du vivre ensemble et de la solidarité. Les individus se trouvent alors démunis contre les effets pathogènes de la souffrance au travail, les défenses individuelles n’étant plus suffisantes. L’isolation et la méfiance s’installent et ouvrent la voie aux pathologies de la solitude, dénominateur commun des nouvelles pathologies qu’on voit apparaître dans le monde du travail.

De plus, les évaluations peuvent être utilisées comme moyens de pression ce qui génère des risques importants de surcharge de travail ce qui, encore une fois, peut contribuer à l’apparition de nouvelles pathologies (pathologies de surcharge).

 

La qualité totale

Le dernier des grands changements dans le monde du travail concerne l’objectif de la qualité totale.

On a pu montrer, par diverses approches, que la qualité totale, ou le “sans faute” au travail est impossible. En effet, il y a toujours un décalage irréductible entre les prévisions, la planification, les objectifs et le travail effectif ou réel. Contrairement à ce que peuvent prétendre certains courrants, il n’y a jamais de production parfaite dans le travail.

De ce fait, en imposant la qualité totale, on demande aux individus d’atteindre des objectfis impossibles ce qui génère une course aux infractions, aux tricheries, voire aux fraudes, car il faut bien satisfaire aux contrôles et aux audits. Annoncer la qualité totale comme une contrainte, génère toute une série d’effets pervers aux conséquences désastreuses. La contrainte à mentir ou à frauder pour satisfaire les contrôles met beaucoup de travaillers en contradiction avec leur propre éthique professionnelle et leur métier. Ceci génère une souffrance psychique qu’on retrouve dans les syndrômes de désorientation, de confusion, dans les crises d’identité et dans les dépressions pouvant aller jusqu’au suicide.

 

L’analyse clinique des causes d’accroissement de la pathologie mentale au travail renvoie donc, en définitive, à des causes organisationnelles. Cette organisation nouvelle a conduit à une déstructuration importante du “vivre ensemble” au travail, en brisant les rapports de solidarité et de coopération par la mise en concurrence des individus. Elle a conduit de ce fait à une augmentation de la souffrance et à un changement total de la nature des liens au travail.

 Duarte Rolo

Références:

       Dejours C., Aliénation et clinique du travail, Actuel Marx 2006/1, n°39, p.123-144.

 

 Les autres articles sur Christophe Dejours:

 1. De la psychopathologie du travail à psychodynamique du travail.

2. Les nouvelles formes d’organisation du travail.

3. Christophe Dejours, L’autre campagne.

 

De la psychopathologie du travail à la psychodynamique du travail

Cet article constitue une brève introduction à la psychodynamique du travail d’après les travaux de Christophe Dejours.

Origines de la Psychopathologie du Travail

Fondée au sortir de la 2ème GM par un groupe de chercheurs réunis autour de Le Guillant, la psychopathologie du travail a connu un essort considérable ces dernières années. Il s’agit d’une discipline clinique qui se concentre sur l’étude des rapports entre les contraintes de travail et la santé mentale. La psychopathologie du travail étudie les gens dans leur lieu de travail réel dans le but de déceler ce qui dans la pathologie mentale est du au travail.

La psychopathologie du travail part du principe que travailler ce n’est pas uniquement produire ou fabriquer, c’est aussi et fondamentalement un mouvement de transformation de l’identité. C’est vivre ensemble. S’approprier l’expérience du travail revient à s’approprier sa propre subjectivité. En partant de ce principe, on cherche à mettre en évidence ce qui, dans l’affrontement de l’homme à sa tâche, met sa santé mentale en danger.

 

Postulats: la centralité et le réel du travail

Ainsi, au centre des développements de la psychopathologie du travail on trouve la thèse de la centralité du travail. Cette thèse stipule que le travail est au centre de processus essentiels, tant en ce qui concerne la condition humaine que l’évolution de la société. Le travail est impliqué dans l’affiliation sociale des individus et dans la structuration des rapports sociaux. Il est en position de médiateur entre l’individu et l’organisation sociale, mobilise des processsus fondamentaux dans la formation des identités individuelles, à la socialisation et dans la construction des appartenances. Il est peut-être même au coeur de la subjectivité.

Ce travail, au centre de l’existence humaine, est fondamentalement vivant et subjectif.

On approche ici le deuxième grand concept sur lequel repose la psychopathologie du travail, c’est-à-dire la notion de réel du travail. L’expérience du réel au travail est ce qui se fait connaître à l’homme par sa résistance à la maîtrise technique et à la connaissance scientifique (ex: travailleurs absents, insuffisance des connaissances théoriques et techniques…). C’est une expérience subjective de l’échec, du doute, de l’impuissance. On ne peut concevoir l’expérience du travail sans prendre en compte le réel, qui échappe à la maîtrise de l’homme, qui n’est pas objectivable ni quantifiable.

L’apport de la psychanalyse et la naissance de la psychodynamique du travail

Au cours des dernières années, la psychopathologie du travail s’est inspirée des apports de la théorie psychanalytique (notions de mécanismes de défense, conception psychanalytique du sujet au travail), et la rencontre des deux disciplines donnera naissance à une nouvelle approche, la psychodynamique du travail, ou analyse psychodynamique des situations de travail. Christophe Dejours est à l’origine de cette nouvelle discipline. Le développement de la psychopathologie du travail vers la psychodynamique du travail est fondée sur une donnée fondamentale et très simple, qui est de considérer le rapport entre l’organisation du travail et l’homme de façon vivante et perpétuellement en mouvement et non comme un bloc rigide.

La psychodynamique du travail se définit comme l’analyse de la souffrance psychique résultant de la confrontation des hommes à l’organisation du travail et des processus intersubjectifs mobilisés par les situations de travail. Elle place au centre de sa réflexion la souffrance au travail (même lorsque ne surgissent pas de maladies mentales avérées) et analyse les destins de cette souffrance, en fonction des conditions qui vont conduire à sa transformation en plaisir ou à son aggravation pathogène. Les enjeux fondamentaux sont alors:

     comment les travailleurs font pour s’adapter et pour supporter les contraintes psychiques du travail?

     Quels sont les mécanismes défensifs qu’ils mettent en oeuvre, et quel est le coût, à terme, sur leur santé de cet effort déployé pendant la vie entière afin de tenir à leur poste de travail?

Son but annoncé est de développer une compréhension des situations de travail en tenant compte de l’irréductibilité du réel.

 

par Duarte Rolo,

professeur à l’université de Paris V

Références:

–  Dejours (2000), Travail: usure mentale, Bayard Ed.Paris

   Dejours C., Aliénation et clinique du travail, Actuel Marx 2006/1, n°39, p.123-144.

Les autres articles sur Christophe Dejours:

 1. De la psychopathologie du travail à psychodynamique du travail.

2. Les nouvelles formes d’organisation du travail.

3. Christophe Dejours, L’autre campagne.

Antonin Artaud, caca et métaphysique

Antonin est un poète, un écrivain et un théoricien qui a marqué durablement le XXe siècle. Pour en finir avec le jugement de dieu fut enregistrée pour la radio en 1947. Ce texte fut censuré la veille de sa première diffusion, et il fallut attendre 20 ans pour qu’il passe sur les ondes. Cet enregistement restitue bien, je trouve, l’ampleur et la folie du personnage:

 

 

L’approche systémique en thérapie familiale

Cet article constitue une présentation synthétique de  l’approche systémique en thérapie familiale.


Les débuts de la thérapie familiale systémique

La thérapie familiale naît aux E.U.A. à la fin des années 40 sous l’effet de diverses influences :

le Child Guidance Mouvement : ce mouvement traite de façon isolée la mère et son enfant, considérant le milieu familial comme pathogène (apparaissent des termes comme « surprotection maternelle » ou « mères schizophrénigènes »).

Les travaux de certains anthropologues fonctionnalistes (Malinowski, Bateson) qui défendent que les pratiques culturelles remplissent une fonction précise par rapport au corps social.

La théorie générale des systèmes qui relie la fonction au contexte. L. von Bertalanffy décrit les rétroactions négatives comme des processus qui visent à ramener à la norme un élément d’un système donné. Par analogie, la famille est considérée comme un système en état d’équilibre et les symptômes comme des rétroactions négatives.

Les travaux de N.Wiener sur la cybernétique : on passe d’une vision linéaire à une vision circulaire des problèmes. Les systèmes « stables » ne maintiennent leur stabilité que par l’exercice interne de certaines rétroactions spécifiques.

Ainsi, influencées par la théorie des systèmes et par la théorie de la communication, plusieurs écoles de thérapie familiale vont voir le jour aux E.U.A. (l’école structuraliste (Minuchin, Ackerman), stratégique (Haley), contextuelle (Don Jackson), les thérapies brèves (Bateson), Palo Alto…) puis en Europe (École de Milan (Selvini), de Rome (Andolfi)…).

Fondements théoriques

L’approche systémique est fondée sur l’observation de la communication manifeste sur le plan digital (verbal) et analogique (non-verbal). Elle privilégie l’étude des conduites interactives. Son but est de déceler et dénoncer les modes de communication pathogènes et rétablir une communication claire entre les partenaires familiaux. Elle se veut centrée sur la réalité communicationnelle et comportementale de la famille.

À la suite des travaux de Bateson sur la communication, notament sur le phénomène du double lien, on prendra en considération le groupe familial dans son ensemble, en étudiant le « jeu pathologique » d’interactions au coeur de la famille, en appréhendant le système familial selon la « Théorie générale des systèmes » de L.von Bertalanffy. Appliquée à la thérapie familiale, la conception systémique peut se formuler de la façon suivante: tout individu humain fait partie d’un système, c’est-à-dire d’un ensemble d’éléments en interaction, d’un ensemble organisé, le système humain le plus prégnant de notre civilisation étant la famille.

« La théorie des systèmes considère la famille comme une unité vivante. Cette unité, cette ensemble, comme tout individu, a un passé, un présent et un futur: elle a aussi des règles particulières et relativement stables de fonctionnement. Ces caractéristiques ne sont pas décidées par une personne du système, mais par la dynamique de l’interaction de tous les membres du système » (P.Caille, 1978). Dans cette optique, la maladie mentale ou psychosomatique est considérée comme « une conséquence naturelle du dysfonctionnement interactionnel de la famille » (P.Caille)

Quelques notions en thérapie familiale systémique

Une des particularités de l’approche systémique est le renoncement à l’épistémologie du vrai. La pratique est centrée sur ce qui est opératoire et la plupart des thérapeutes familiaux considèrent que leurs réussites cliniques n’impliquent pas que leurs hypothèses se sont avérées vraies : elles dénotent seulement à leurs yeux que les co-constructions qu’ils ont effectué avec leurs patients ont crée des agencements aux heureuses conséquences.

Le concept fondamental de toute thérapie familiale systémique est celui de système vivant. Celui-ci implique un principe de totalité (non décomposable en parties) et de non-sommativité (le tout n’est pas égal à la somme des parties). Les familles, considérées comme des systèmes, ont des limites et contrôlent tant le matériel que l’information qui passe à travers celles-ci. Elles sont organisées hiérarchiquement, à la fois en tant que parties d’un système plus vastes et au regard des sous-systèmes (fratrie, génération…). Ces systèmes sont capables d’auto-régulation et cherchent à maintenir leur équilibre. Ainsi, on considère le symptôme comme un régulateur homéostasique.

La résonance est une constellation relationnelle réactivée par la rencontre avec la famille. On appellera « feedback » les rétroactions qui renforcent un certain nombre d’interactions. Ces « feedbacks » vont soit dans le sens de la stabilité, soit dans le sens du changement, la stabilité pouvant conduire à une rigidification du système et le changement à la cure.

La famille en thérapie familiale systémique

La famille en tant que système se trouve face à deux exigences : rester ensemble (soit un souci de cohésion), mais en même temps permettre la différenciation des individus. Pour maintenir son équilibre, elle utilise des rituels (agirs répétés, règles familiales…) et se fonde sur un mythe familial, une histoire unificatrice qui explique et justifie les rituels. La famille construit ainsi un ensemble de croyances organisées et partagées par tous les membres, qui colore les relations et l’image que chacun a du groupe familial. Le mythe est fondateur et il prescrit une manière d’être et d’agir dans la famille, il vient renforcer le système et ses règles.

Du fait des exigences contradictoires du groupe familial, la demande est toujours double : il y a une demande de changement tout en voulant rester identique (non-changement). Ainsi, le but de la thérapie sera de rassurer la famille sur son unité (renforcer le processus de non-changement) tout en amorçant le processus de changement.

En thérapie familiale systémique, par opposition à la psychanalyse (où le thérapeute se positionne comme possédant un savoir, neutre et distant), le thérapeute est conçu comme ignorant (« ne sait pas », ne détient pas la vérité absolue), engagé et proche. De même, le comportement du patient désigné est conçu comme volontaire, logique et utile (en opposition à involontaire, absurde et inutile).

Ainsi, la naissance de la thérapie familliale systémique a donné jour à un paradigme nouveau qui a séduit bon nombre de cliniciens et est aujourd’hui très utilisée dans la prise en charge des familles en difficulté.


Duarte Rolo

Références:

Mony Elkaïm & al. (1995), Panorama des thérapies familiales, Seuil, Paris.

A.Ruffiot & al. (1990), La thérapie familiale psychanalytique, Dunod, Paris.


Psychothérapie et sectes

Le débat sur le titre de psychothérapeute revient à l’ordre du jour avec le récent rapport de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) sur les phénomènes sectaires. Ainsi, il apparaît qu’un grand nombre d’acolytes sont recrutés par des soi-disant « psychothérapeutes » et ce à travers des méthodes très particulières.

On peut relever l’exemple des cas de faux-souvenirs induits. Le psychothérapeute réussi à convaincre le patient, grâce à son pouvoir de suggestion et à une manipulation subtile, que tous ses maux sont en fait liés à des traumatismes (notament des abus sexuels) qu’il a subi dans l’enfance et qu’il a refoulé et occultés et qu’il faut maintenant remémorer pour guérir. Cette technique a été à l’origine de nombreuses fausses accusations d’abus sexuels tant aux États-Unis qu’en Europe (cf. The myth of repressed memory, Elizabeth Loftus & Katherine Ketcham, 1994).

Cet exemple illustre bien le mauvais usage qui peut encore être fait du titre de psychothérapeute, non-protégé et non-réglementé. À ce sujet, le rapport de la MIVILUDES nous offre quelques données intéressantes:

Les psychothérapeutes, « des praticiens rémunérés pour leurs psychothérapies, quelle(s) que soi(en)t leur(s) méthode(s), leur profession ou leur formation d’origine » seraient entre 10000 et 15000 en France dont 10 à 15% de médecins, 20 à 30% de psychologues, 20% de travailleurs sociaux, 20% de professions paramédicales et 10 à 15% d’origines diverses.

« Ce panorama des métiers de l’accompagnement psychologique met en évidence une insuffisance voire une absence de formation initiale dans les disciplines concernées.(…) »

« Ce constat, s’il ne doit pas aboutir à la conclusion hâtive que la moitié des psychothérapeutes aurait des pratiques charlatanesques et dangereuses, est néanmoins un facteur de risque aggravé dans ce secteur de prestations où l’appelation de « psychothérapeute » n’est pas encore encadrée ».

« Dans ces conditions, le choix éclairé d’une psychothérapie n’est pas sans risque dont celui de l’emprise mentale dans le cadre d’une dérive sectaire ».

La question du cadre réglementaire du titre de psychothérapeute reste totalement d’actualité. Une réflexion approfondie et des mesures concrètes sont urgentes car les victimes des faux psychothérapeutes sont déjà trop nombreuses.

Duarte Rolo

Hommage (?) à Bernard Henry Lévy

Quel grand philosophe ce Bernard Henry Lévy! Le véritable héritier de Sartre, comme il se définit lui-même. A tant de profondeur de pensée, de réflexion, peut-être même de génie, je me devais, aussi humblement que je le pouvais, de rendre hommage. Voici donc une série de documents qui tentent de lever une part du voile sur cet « homme aux multiples facettes » qu’est Bernard Henry.

1/ L’hommage de Pierre Desproge à Bernard Henry Lévy

Je ne pouvais pas commencer cet hommage autrement que par celui que lui a rendu le plus grand de nos humoriste, j’ai nommé Pierre Desproges.

 

 

2/ Hommage d’Emir Kusturica

Pour cette grande fête de la pensée et de la philosophie, autrement dit pour la fête à BHL, le cinéma voulait aussi être là. Le double loréat de la palme d’or canoise a ainsi souhaité souligner tout ce que son travail cinématographique devait à celui de BHL. On peut le dire, sans Bernard, Kusturica n’aurait peut-être pas trouvé les ressources pour continuer son oeuvre.

 

3/ Hommage de la télévision française à BHL

Que serait la télévision sans Bernard Henry (ou l’inverse je sais plus) ? Pas grand chose. En tous les cas, la télévision voulait elle aussi dire tout le bien qu’elle pensait du grand philosophe. Un  sacré bel hommage, le second degré de la journaliste y est si fin qu’on jurerait qu’elle croit ce qu’elle dit.

 

4/ Hommage de la patisserie française à Bernard

Qui dit hommage, dit festivité, et qui dit festivité, dit également crême patissière. Que serait, en effet, une célébration sans gâteau? Alors bravo pour tout ce que tu as fait Bernard Henry, et ne nous remercie pas pour le gâteau c’est le moins que pouvaient tes véritables admirateurs.

 

5/ Hommage du journalisme français à BHL

Mais finalement me direz-vous pourquoi s’acharner sur ce pauvre Nanard qui n’a rien fait de mal ? Pourquoi tant de haine comme il le dit si bien? Nicolas Beau et Olivier Toscer, auteurs d' »Une imposture française » et invités de Daniel Mermet à « Là-bas si j’y suis »  apportent peut-être une réponse. C’est que BHL est bien plus qu’un individu, il est l’allégorie d’un certain rapport de la « philosophie » aux médias. A lui tout seul, il permet de comprendre une partie un peu triste du fonctionnement du journalisme en France.

 

Pour finir je ne saurait que trop vous conseiller de lire ce que Gilles Deleuze disait dès 1977 des nouveaux philosophes et de Bernard Henry Lévy. Son analyse reste d’une actualité et d’une pertinence assez regrettables. Pour le lire : http://1libertaire.free.fr/Deleuze03.html

 

Psyché et Soma: onde ou particule?

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J’ai envie de reprendre ici un débat, vieux comme le monde, celui qui concerne le psychologique et le somatique et les rapports réciproques qu’ils entretiennent.

Depuis la séparation cartésienne entre l’âme et le corps en tant que substances indépendantes, moment qui marque la séparation entre science et philosophie, on a tendance à considérer l’esprit comme le lieu de la rationnalité pure et le corps comme le receptacle de l’irrationnel (il est vu comme le lieu du désir, de la pulsion, du charnel, de l’animal). Même s’ils constituent un tout, ils sont conçus comme deux entités aux propriétés distinctes.

Sans citer d’autres écoles, les études sur la psychosomatique ont pu révéler l’interdépendance fondamentale entre psychique et organique, les maladies de l’esprit influant sur les maladies du corps. L’esprit est bien obligé de siéger dans le corps, il ne le transcende pas, et le corps ne peut se délivrer de l’influence de l’esprit.

La psychanalyse va aussi venir s’incrire dans ce débat. Ainsi, W. Reich défendra dans Matérialisme dialectique et Psychanalyse que, pour dépasser l’opposition psyché-soma, une psychologie matérialiste se doit de considérer le psychique non comme une donnée métaphysique (transcendant l’organique), mais comme une autre fonction, liée au somatique. Le psychique trouve sans doute son origine dans l’organique mais en même temps, il s’oppose à l’organique comme son contraire, et, à travers cette fonction, développe des lois qui lui sont propres.

Devrions nous alors concevoir l’articulation entre le corps et l’esprit d’après la logique de la connectivité (J.Puget)? On pourrait supposer qu’un lien existe entre les deux sans que celui-ci soit forcément de l’ordre de la causalité (l’un et l’autre n’entretiennent pas des rapports de cause-effet).

Le problème posé par la dualité corps-esprit en psychologie présente des ressemblances avec la dualité onde-particule de la lumière, en physique. Ainsi, la physique contemporaine s’accorde pour dire que tous les objets présentent à la fois une nature d’onde et une nature de particule, bien que ce phénomène ne soit perceptible qu’à des échelles microscopiques. La lumière n’est pas à la fois onde et particule, elle n’est ni l’un ni l’autre, elle est de nature antinomique.

Serait-on, en psychologie, face à un phénomène de cette nature quand on considère la dualité psyché-soma? L’homme n’est ni corps, ni esprit, ni les deux à la fois, il est autre chose?

 

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métaphore du cylindre: objet ayant à la fois les propriétés d’un rectangle et d’un cercle

 

Duarte Rolo